Vie Insoumise et contres pouvoirs

Toi aussi, apprends à reconnaître ton projet débilou et écocide !

Le 9 octobre j’étais à Mulhouse pour soutenir les membres d’ANV-COP21, en procès pour avoir décroché de leur mairie le portrait de Macron. Plusieurs acteurs des luttes écolos d’Alsace étaient présents : l’occasion de dresser le portrait-robot du projet débilou et écocide, dit aussi GPII.

  1. Un projet vieux, mais vieux !

« En 1989 on a entendu parler pour la première fois dans la presse nationale d’un projet de stockage de déchets ultimes dans cette ancienne mine de potasse à Wittelsheim, à une époque où il n’y avait pas la même conscience environnementale » Yann Flory

« Le projet GCO, c’est un vieux projet de contournement ouest de Strasbourg qui a été pensé pour la première fois dans les années 60/70, pour sortir l’autoroute qui traversait Strasbourg et limiter les bouchons et la pollution. Mais les études faites ont très vite montré que la pollution était liée aux voitures des personnes qui venaient pour travailler à Strasbourg et rentraient chez eux le soir, et que ces gens-là n’étaient absolument pas intéressés par un contournement. Ce projet a été mis aux oubliettes et est ressorti dernièrement. Un des axes sur lequel on s’est battu, c’est la prolongation de la Déclaration d’Utilité Publique, qui normalement est limitée dans le temps : un projet est déclaré d’utilité publique à un moment, mais 5 ans après l’est-il toujours ? C’est quelque-chose qu’on a beaucoup critiqué, ces prolongations d’utilité publique sans vraiment repenser le fond du projet, à réactualiser en fonction du réchauffement climatique. » Michael Kugler

  1. La démocratie participative, pfffrrtt...

« Les élus locaux n’étaient pas au courant au départ. Il y a eu des débats nombreux. Malheureusement l’État et l’entreprise sont passés en force et continuent à passer en force aujourd’hui. Il faut savoir que tous les élus locaux, qu’ils soient régionaux, départementaux ou même des communes, sont opposés à l’enfouissement et réclament le déstockage total de ces déchets. L’État tout-puissant ne tient pas compte de la volonté populaire du coin. Je ne sais pas ce que ça veut dire ici démocratie participative » Yann Flory

« Les citoyens peuvent s’exprimer ainsi que les associations à l’occasion de l’enquête publique. On s’est exprimé, il y a eu énormément d’avis négatifs qui ont été posés et qui n’ont pas été pris en compte. La CDPENAF, commission indépendante d’experts s’est opposée à ce projet, mais le préfet n’en a pas tenu compte. » Pascal Lacombe

« En 2018, l’utilité publique du projet GCO a été prolongée de 8 ans d’office par Nicolas Hulot, sans même avoir eu une concertation ou quoi que ce soit. Après pour des grands chantiers comme ça, la loi prévoit tout un tas de démarche : la Haute Autorité Environnementale a été sollicitée, le Conseil National de Protection de la Nature idem, il y a eu des enquêtes publiques pour demander l’avis du peuple. Nous, on a choisi à chaque fois de contribuer très fortement à ces enquêtes, avec des rapports très détaillés, pour lesquels on a payé des professionnels. Il faut savoir que sur GCO, toutes les commissions scientifiques ont rendu un avis négatif, et la grosse enquête publique a également abouti à un avis négatif. En toute logique ça ne devrait pas se faire. Or aujourd’hui les travaux ont commencé car l’État a considéré que ces avis sont purement consultatifs. On était en colère : en fait on crée des outils démocratiques, sauf que quand ces outils disent non au gouvernement, ça n’a pas de valeur » Michael Kugler

  1. Sur des terres cultivées ou des espaces naturels, sinon c’est pas drôle.

« la lutte du collectif porte sur l’artificialisation de 44 ha de terres agricoles et viticoles qui font l’objet d’un PLU à Wintzenheim, à l’ouest de Colmar, pour faire une ZAC, une zone artisanale et commerciale. Notre proposition c’est d’utiliser en priorité des friches industrielles et des zones à dépolluer. C’est en lien avec un autre combat que nous portons : la demande de dépollution de la zone Lindane à Colmar, qui pollue aux pesticides la nappe phréatique qui passe sous Colmar et est une des plus grandes d’Europe » Pascal Lacombe

« Il y a un parc naturel régional au-dessus de Stocamine, carrément au-dessus ! Et la nappe phréatique concernée par une pollution possible circule du sud vers le nord, traverse toute la région Alsace et va jusqu’en Allemagne » Yann Flory

« L’Alsace a la spécificité d’avoir à la fois des forêts de montagne, mais également des forêts de plaine humide, car la nappe phréatique est très haute. Du coup ça crée un cadre de biodiversité très spécifique autant végétale que animale. Ces forêts-là sont à des endroits qui sont très prisées par l’urbanisme, du coup elles sont aujourd’hui ratiboisées, il n’en reste plus que quelques îlots entre les champs et les usines. Ces derniers îlots sont une fois de plus attaqués par cette autoroute. On a essayé de défendre ces forêts avec des trajets alternatifs sans succès. » Michael Kugler

  1. Des espèces protégées… mais pas trop.

« Ben oui il y a des espèces protégées, c’est sous un parc naturel régional ! » Yann Flory

« Il y a une zone de vergers avec des espèces qu’on a pas identifiées. On a demandé une étude environnementale plus poussée, c’est une des critiques qu’on a faite au PLU. » Pascal Lacombe

« Il y en a pas mal. L’espèce emblématique qui est le grand hamster d’Alsace, mais aussi le crapaud vert, des espèces de chauve-souris, des salamandres… différentes espèces qui sont fortement impactées. C’est à cause de ces espèces protégées que le CNPN a rendu un avis négatif. » Michael Kugler

  1. Bah, pourquoi attendre la fin des recours pour commencer les travaux ?

« En juin dernier, au Tribunal Administratif de Strasbourg, le représentant de l’État a démoli d’emblée toutes les parties civiles qui demandaient l’annulation de l’arrêté préfectoral : la région Alsace, le département du Haut-Rhin, l’association Alsace Nature, j’ai jamais vu ça. Le président du tribunal a suivi : c’est aussi une drôle de justice. On a fait un appel à Nancy qui passera je ne sais pas quand. Le temps judiciaire est long, or le temps presse : ils sont en train de monter des barrages en béton pour boucher l’accès aux galeries » Yann Flory

« C’est le gros problème. En France, on n’attend pas que les recours soient épuisés. Nous on essaye d’aller vite, mais les recours qui sont posés en annulation au Tribunal Administratif, on ne sait pas quand ils vont être jugés » Pascal Lacombe

« Ça a été extrêmement caricatural. L’enquête publique a rendu un avis défavorable fin juin, les arrêtés préfectoraux qui devaient être pris début juillet ont été annulés... Pour les signer au 31 août, sachant que la forêt ne pouvait être coupée que à partir 1er septembre. Le temps que nous on

attaque ces arrêtés-là au tribunal, ils avaient fait venir 500 gendarmes, les machines, tout avait été coupé. Pour qu’au moment où notre référé passe au tribunal – le référé est la plus courte des démarches possibles – ce soit déjà trop tard. Aujourd’hui les travaux sont en cours alors que les procès de fond n’ont pas encore eu lieu. Vinci joue la montre avec comme objectif de finir les travaux avant la tenue des procès. » Michael Kugler

Tu reconnais tout ou partie de ces points : félicitations ! Tu as toi aussi un projet contre lequel il te faudra lutter !

 les membres du collectif Destocamine à Mulhouse le 9 octobre

 

Un grand merci à :

Michael Kugler, militant anti GCO – Grand Contournement Ouest de Strasbourg, qui lutte contre la construction d’une autoroute sur des espaces naturels

Yann Flory, un des porte-paroles de Destocamine qui lutte contre l’enfouissement de déchets toxiques

Pascal Lacombe du collectif Tiefenbach Environnement, qui lutte contre la construction d’une zone commerciale sur des terres agricoles aux portes de Colmar

Claire Arnoux

Retrouvez dans le Journal de l’insoumission n°13 la suite de cet article : le « Petit manuel de guerilla contre l’artificialisation des sols » !