Vie Insoumise

Samedi 5 mai 2018, une foule de citoyen.ne.s, de syndicalistes, de membres d’organisations politiques ou associatives ont convergé dans une ambiance festive et joyeuse pour faire entendre leur refus du monde qu’Emmanuel Macron cherche à imposer. Nous sommes tous là, guidés par un même but et un même espoir, unir nos forces pour dire STOP.

Une foule de plus de 100 000 personnes à Paris, mais aussi des fêtes à Macron organisées dans plusieurs villes de France. A Besançon, cette journée fut une belle réussite. Mais revenons sur cet évènement bisontin, et au-delà de la journée du 5 mai, revenons sur la construction de cette convergence qui s’opère.

Tout a démarré lors du festival du Tourmentin le 7 avril 2018 à la Double Ecluse, lieu de rencontre autour d’actions militantes multiples. Alternatiba, Vélocampus, L’Utopik… décident de proposer le lancement d’un comité du 5 mai bisontin. Dès les jours suivants, des contacts sont pris et des appels sont lancés pour une première rencontre le jeudi 12 avril 2018. L’esprit de Nuit Debout est là mais on sent la volonté d’aller au-delà et de créer un espace dirigé vers l’action. Nuit Debout fut un formidable espace d’échanges et de discussion entre citoyen.ne.s au printemps 2016, il a sans aucun doute permis de faire germer les diverses formes de prises de conscience et d’implications citoyennes dans le champ politique. Le 12 avril puis le 19 avril, le kiosque du Parc Micaud se transforme alors en Assemblée citoyenne.

Le communiqué de presse de lancement du comité du 5 mai annonce la couleur : « Après avoir décidé de signer collectivement l’appel de la Bourse du travail du 4 avril 2018 pour un grand « débordement général », dénonçant la politique de Macron et son monde (…) le comité souhaite favoriser la convergence des luttes et des colères ».

Délibérement tourné vers l’action, le comité annonce sa participation à plusieurs actions : soutien au collectif SolMiRé le 14 avril, manifestation du 19 avril pour la défense des cheminots et plus globalement des services publics, participation au défilé du 1er mai. Dés le soir du 12 avril, le comité bisontin annonce également l’organisation de deux journées d’action. Le 28 avril, il organise une vraie fausse manifestation de droite dans les rues bisontines. Les tenues sont guindées, les slogans volontairement provocateurs : « Le climat on s’en fout, on a tous la clim chez nous », « Cheminots au boulot, rentiers au bistrot », « On est tous des enfants d’héritiers, 1ère, 2ème, 3ème génération », « Macron, tiens bon ! », « Trop de social, tue le capital », « Fermez les facs, ouvrez la télé », « Les enfants en rétention, trop d’immigration »… L’illusion est presque parfaite, les bisontin.e.s littéralement médusé.e.s devant ce cortège improbable ne savent plus quoi en penser… Un cordon de militant.e.s encadrent cette joyeuse équipée pour distribuer des tracts annonçant la journée du 1er et du 5 mai. En tendant mon tract, je lis sur certains visages : « Vous nous avez fait peur… ouf… vous n’êtes pas des illuminés de droite ! ». Les passants sautent sur leurs appareils photos, rient, nous filment… La presse en profite, ce soir, dans les rédactions, il y a du neuf !

Heureux hasard, dans le même temps, LREM tient une rencontre sur l’Europe, salle Proudhon (Pierre-Joseph, c’est en pensant à cet affront qu’ils te font de se réunir dans une salle à ton nom que nous sommes allés leur crier notre joie ironique). Direction le Kursaal donc… Nous accueillons alors Jean-Louis Fousseret, Fanette Charvier, Astrid Panosyan et quelques autres sbires d’En marche, à genoux et au cri de « Bravo ! » « On vous aime »… M. Fousseret tente une prise de parole. « Il va parler ! » scandons-nous. Mais que nenni… nous ne sommes pas là pour vous entendre ! Nous sommes là pour nous faire entendre ! Notre maire En marche (arrière ?) lâche l’affaire se demandant bien ce qui lui arrive ; taquin.e.s, nous l’invitons à revenir : « Une autre ! Une autre ! ».

Cette première journée d’action du comité fut belle, joyeuse, drôle et à coup sûr incitatrice. Rendez-vous est pris le 5 mai pour la fête à Macron. Le comité bisontin a opté pour deux formes de mobilisation pour cette journée : une montée à Paris en bus et un évènement à Besançon.

La journée bisontine du 5 mai s’est articulée autour de deux temps : une Vélorution dont nos ami.e.s de Vélocampus et de Vélo Besançon ont le secret et un goûter d’anniversaire. Vous avez dit convergence ? Cette forme de manifestation, la Vélorution, est tout sauf anecdotique, elle est symbolique. La mobilité doit être considérée comme un tout dans la recheche d’une société écologiste. Le train pour relier les villes, le vélo au sein des villes pour l’essentiel. Voilà une alternative crédible au tout-voiture.

Plus de 300 personnes se sont donc retrouvées à 14h30 à la gare Viotte : vélos, tandems, trotinnettes, rollers ou autres sont de la parties. C’est sous le soleil du printemps bisontin, que ces cyclistes pas comme les autres, affublés de chapeaux pointus, de nez rouges, de guirlandes, de tenues festives, se sont lancés dans un parcours à travers la ville. Vous avez dit convergence ? Le parcours se fera l’écho de cette convergence et sera agrémenté de prises de paroles dans des lieux symboliques des luttes actuelles : Gare Viotte pour le combat du service public ferroviaire mais aussi pour dénoncer la fin des contrats aidés qui met en péril les structures associatives comme Vélocampus, centre de tri pour le combat du service public de La Poste, facultés des lettres pour le combat de la communauté universitaire contre la sélection à l’Université, rue d’Arènes devant l’ancien local du Bol’D’R réquisitionné par SolMiRé pour le combat contre ces politiques migratoires inhumaines, inefficaces dont la dernière loi votée au Parlement en première lecture illustre encore un peu plus cette dérive honteuse et répressive de notre pays sur ces questions cruciales.

La fête à Macron serait violente nous dit-on ? Mais que de sourires ce jour là, que de rires, que de chants… Qu’il fut bon de me retrouver au milieu de cette masse citoyenne de résistance, au son de nos camarades de Sud qui tout du long nous ont accompagnés en musique.

16h30, nous voici arrivé.e.s place de la Révolution. Encore un symbole. Là, une foule nous attend, joyeuse et festive. Romain, notre cuistot du jour, finit les dernières décorations du gâteau d’anniversaire, un atelier de sérigraphie a vu le jour, des citoyen.ne.s ont installé.e.s une pinata : venez écrire vos rêves et vos désirs pour un autre monde.

Les prises de paroles des secteurs en lutte s’enchaînent alors sur la place. On pourrait croire que ce gouvernement tape tout azimut, opposant les travailleur.euse.s entre eux, les citoyen.ne.s entre eux.. et pourtant ces attaques convergent vers un seul et même but : la casse de notre modèle de société. Face à cette convergence de casse, opposons leur la convergence de nos luttes et de nos colères !

La journée se termine par le célèbre chant d’anniversaire… Ne vous y trompez pas M. Macron, derrière ces « joyeux anniversaire », entendez cette foule conscicente qui se lève. Elle vous crie ses espoirs. Elle vous crie sa détermination. Elle vous crie son refus de votre monde.

Liberté, Egalité, Fraternité, nous vous rappellerons ce qu’est la France, belle et solidaire !

Rendez-vous le 26 mai pour la marée populaire.

Séverine Véziès