Vie Insoumise

À quel moment devient-on militante ou militant ? Que font exactement les militants ? Les militants insoumis devraient-ils être différents des autres militants ?

Un jour dans une réunion militante j'ai entendu dire : « Tant que les gens auront pas lu Marx, on pourra pas avancer ! ». Ça m’a foutu en rogne. Déjà parce qu’alors je n’avais pas lu Marx (ou pas grand-chose), mais en plus j’imaginais tous ces gens qui, ayant loupé le bon bouquin, seraient dépossédés de leur pouvoir d’agir, de changer les choses. Il faut avoir lu quoi avant de devenir un bon militant de gauche ?

Moi ça fait 6 ans que je suis « militant ». Si vous me posez la question je répondrai qu'on forme un bon militant en 6 ans. Si vous me redemandez dans 4 ans, peut-être je répondrai 10. Je croise beaucoup d'insoumis-es qui ont envie d'agir. Qu'est-ce que je peux faire ? Qu’est-ce que j’ai le droit de faire ? J’en suis pas capable ! Et puis aussitôt : « J’ai besoin de me former ». Se former à quoi au fait ? Existe-t-il des formations pour militants, comme une formation de métier ?

L’histoire des écoles de formation des partis (syndicats, asso) de gauche c’était tantôt la formation des cadres, tantôt le débat entre courants internes, et souvent l’objectif de perpétuer LA culture du mouvement ouvrier [1]. Aujourd’hui, avec la désaffection des formes partidaires, la pratique militante « à l’ancienne » ne fait plus rêver : sacerdoce pour les uns, embrigadement pour les autres.

Et si au lieu (ou en plus) de perpétuer la culture de gauche, on devait la réinventer, on se formerait à quoi exactement ?

Le chemin de l’éducation populaire

L’éducation populaire n’est pas l’instruction du peuple. Il ne suffira pas de demander à nos intellectuels d’écrire d’avantage de livres qu’on vendra aux masses pour qu’elles accèdent à un capital culturel qui n’aura pas été fourni par l’école. L’éducation populaire propose plutôt « une praxis culturelle de transformation sociale et politique » [2], c’est-à-dire un apprentissage par l’action collective de la réalité sociale en vue de la transformer.

Partant de ce principe, il ne s’agit plus d’organiser l’éducation des militants par quelques « sachants », mais de construire par nos engagements un point de vue sur le monde et des méthodes pour agir dessus. Nous avons là une méthode de construction pour la France Insoumise : des expérimentations ressemblant aux insoumis-es qui composent notre mouvement.

L’éducation populaire interroge les méthodes d’apprentissage. La conférence (cours magistral) n’est pas à rejeter, mais d’autres pistes existent : la formation par le théâtre, le dessin, la musique, le jeu, plutôt coopératif que compétitif. En changeant notre manière d’apprendre nous serions plus enclins à renouveler nos formes d’actions. Enfin, varions les thèmes que nous traitons : à côté des formations philosophiques et politiques, proposons des apports en sciences sociales qui fourniront un regard critique sur nos propres pratiques. Réinventer nos manières de militer serait alors un entraînement à réinventer la société. Un pas vers la révolution citoyenne ?

Les Ateliers de Form’action Permanente dans le Rhône

Avec des insoumis-es du Rhône nous avons lancé les « Ateliers de Form’Action Permanente ». Des formations organisées par nous et pour nous, avec les compétences locales, et pensées autour de trois piliers : la théorie (discuter, se situer idéologiquement), l’action (tournée vers l’extérieur de la FI), et le collectif (entre nous). Nous voulons éviter l’écueil de formations théoriques « hors sol » qui ne se traduisent pas en actions concrètes ou en changements dans notre manière de faire.

Nous avons commencé, avec une première formation « Animer son groupe d’action ». Au programme : animation de réunions, dynamique de groupe, actions inventives et joyeuses dans l’espace public. Le tout en jeu, en théâtre et en chanson. D’autres dates et d’autres formations suivront.

Pour la suite nous voulons proposer un soutien à la création de form’actions, et de l’aide à l’animation, pour que chacun-e puisse s’emparer de ces outils et valoriser ses propres compétences au sein de la FI.

Pour réinventer la gauche, il va falloir expérimenter. Alors au boulot !

[1] Allan Popelard, « À l’école des militants », Le Monde diplomatique, janvier 2015.
[2] Christian Maurel, « Éducation populaire et puissance d’agir, les processus culturels de l’émancipation » ed. L’Harmattan. ISBBN : 978-2-296-11726-6

Julien Colmars