Résistance

Cher Claude,
Suite à votre courrier à la rédaction du Journal de L’insoumission, je vous adresse quelques précisions sur la chanson que vous évoquez.

Au début du XXème siècle, le midi viticole connait une grave crise : phylloxera, concurrence étrangère et surtout vins trafiqués en sont la cause. En 1903, le vin se vend 22 francs l'hectolitre. Trois ans plus tard, il ne vaut plus que 5 francs.

Les vignerons réclament alors le rétablissement des droits de douanes et surtout la suppression du sucrage. En effet, l’industrie sucrière fabrique du vin à partir d’eau sucrée et additifs chimiques. Or, le gouvernement Clemenceau, proche des intérêts des riches betteraviers du Nord, soutient la filière sucrière et s’oppose donc aux vignerons. La colère et la révolte vont alors monter à travers le midi viticole au bord de la ruine. Le 11 Mars 1907, menés par un petit viticulteur et tenancier de bistrot, Marcelin Albert, ils sont 87 à manifester à Argeliers dans l'Aude. Alors que la région compte 1 million d’habitants, ils seront 800.000 dans les rues de Montpellier, 3 mois plus tard, le 9 Juin.

Le 11 juin, Jean Jaurès dépose à la chambre des députés une contre-proposition de loi demandant la nationalisation des domaines viticoles, mais Clemenceau, qui compte sur l’essoufflement de la révolte fait traîner e longueur les débats législatifs.

La situation devient alors insurrectionnelle. Ernest Ferroul, le Maire révolutionnaire de Narbonne, démissionne, suivi par 600 municipalités du Languedoc Roussillon. Partout on fait hisser le drapeau noir sur l'Hôtel de Ville et on appelle à la grève de l'impôt. Partout la situation se tend : les viticulteurs furieux attaquent perceptions, préfectures et sous-préfectures

Clemenceau et son gouvernement décident alors de mater l’insurrection et envoient la troupe. Le 17 juin, 22 régiments d’infanterie et 12 régiments de cavalerie, soit 25 000 fantassins et 8 000 cavaliers occupent tout le Midi. Le 19 juin, au petit matin, Ernest Ferroul est arrêté par les militaires à son domicile à Narbonne. Le 20 Juin, l'Armée Française ouvre le feu sur la foule et fait cinq morts - dont une jeune fille de 20 ans - et près de 33 blessés. L'arrestation des responsables du mouvement est ordonnée.

Le 17ème régiment d'infanterie de ligne composé de réservistes et de conscrits du pays, avait été déplacé par précaution de Béziers à Agde. Dans la soirée du 20 juin, ils apprennent le drame de Narbonne. Environ 500 soldats se mutinent. Ils quittent la caserne avec armes et munitions et prennent la direction de Béziers. Le lendemain, ils arrivent à Béziers où ils sont accueillis chaleureusement. Les soldats s'installent alors sur les Allées Paul Riquet, mettent crosse en l’air et fraternisent avec la population. Mais à Paris, Clemenceau, face à un vote de défiance du parlement, ordonne au commandement militaire de mettre fin à la mutinerie qui pourrait devenir contagieuse. Après négociation, la garantie qu’aucune sanction ne sera infligée, permet aux soldats du 17ème de déposer les armes et de regagner leur caserne. Cependant certains historiens pensent que, durant la Première Guerre mondiale, poursuivis par leur réputation de déserteurs, ils furent nombreux à être envoyés en première ligne notamment dans les assauts sanglants de 1914.

C'est à la suite de ces événements que les conscrits effectueront leur service militaire loin de chez eux.

La mutinerie des soldats du 17ème est restée célèbre notamment par les paroles de la chanson de Montéhus Gloire au 17 ème, dont le refrain clame : « Salut, salut à vous, Braves soldats du dix-septième… »

Une loi protégeant le vin naturel, interdisant la fabrication et la vente de vins falsifiés ou fabriqués sera adoptée. Elle obligera la déclaration de la superficie des vignobles, de récoltes et des stocks. Les viticulteurs seront exonérés d'impôts sur leurs récoltes de 1904, 1905 et 1906. En septembre, un nouveau décret n’autorisera à appeler « vin », que les boissons qui proviennent « exclusivement de la fermentation alcoolique du raisin frais ou du jus de raisin ».

Cette histoire a été mise en scène dans un documentaire de propagande du Parti Communiste Français de 1947, visible avec le lien suivant :
https://www.cinearchives.org/recherche-avanc%C3%A9e-424-154-0-1.html?ref=60a37530b14d001e0454856c15dc886c


Le café de Marcelin Albert


Marcelin Albert


Le meeting de Montpellier


Le 17ème à Béziers & Montéhus


Quelques livres racontant cette histoire

La chanson en lien : https://www.youtube.com/watch?v=jh0blLPg3z0

Bruno Isselin

 

 

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