Résistance

Centrale de Fessenheim,
Concue en 1969 par la volonté du président Pompidou, des grandes familles sidérurgiques qu'étaient Alsthom, Empain- Schneider, Pechiney, Saint Gobain, des ministères de l'Industrie et des Finances.

Enfant bâtard du Nucléaire Militaire, d'EDF, de l'américain Westinghouse et du Corps des Mines.

Enfant désiré ? non ! Puisqu'en 1972 Jean-Jacques Rettig, Alain Boos et Jean-François Herr déposaient en Conseil d'Etat un recours contre Fessenheim. La première audience aura lieu 2 ans après, avec le résultat que l'on peut imaginer…

Enfant prématuré ? que non, puisque le réacteur n°1 avait un retard de 22 mois, le réacteur n°2 de 16 mois. Mais le progrès dans le nucléaire est tel qu'aujourd'hui, le successeur de Fessenheim, l'EPR a déjà 10 ans de retard.

Le réacteur n°1 a divergé pour la 1ere fois le 7 mars 1977 et s'est arrêté le 20 février 2020, à la veille de ses 43 ans

Le réacteur n°2 a divergé pour la 1ere fois le 27 juin 1977 et s'est arrêté le 29 juin 2020, juste après ses 43 ans

43 ans de problèmes

  • d’incidents toujours qualifiés de mineurs (plusieurs centaines à ce jour)
  • de fuites entre quelques dizaines de litres jusqu'à quelques m3 à la minute, toujours qualifiés de "défauts d'étanchéité"
  • de rejets radioactifs dans l'environnement, toujours "exceptionnels" comme en avril 1977 où plusieurs m3 d'eau provenant des Générateurs de Vapeur du réacteur n°1 ont été déversés à l'égout "exceptionnellement"
  • de remplacements de pièces essentielles, comme les 6 générateurs de vapeurs de 300 tonnes pièces remplacés en 2002 et 2011 et qui sont "entreposés" sur le site en attendant de savoir qu'en faire. Et ceci pour plus de 300 millions d'euros qui n'ont jamais été amortis. Pour mémoire, aux USA des exploitants ont reculé devant de telles dépenses et préféré arrêter les réacteurs.
  • de casses, sur les turbo-alternateurs ou des groupes électrogènes de secours.
  • Et même de malfaçon sur des composants essentiels comme le fameux générateur de vapeur 335, déclaré bon pour le service par l'ASN après des études scientifiquement douteuses (pour le moins).

Quelques dates importantes dans la vie de cette centrale sur le berceau de laquelle les fées "erreurs", "ignorances" et "mensonges" se sont penchées à plaisir :

1979, 2 ans après le démarrage, lorsque les premières fissures ont été vues dans la cuve de l'un des réacteurs, fissures immédiatement qualifiées de "micro fissures" par EDF et les services officiels.

1989, lors de la 1ère visité décennale, quand les experts du GSIEN se sont émus de la fragilité des piscines à combustible, de la position de la centrale à plusieurs mètres en contre-bas du niveau du Grand Canal d'Alsace, de sa situation sur un ensemble de failles sismiques, et que leurs constats restent valables 30 ans après,

2003, où face à la canicule, EDF a choisi de refroidir le bâtiment réacteur en l'arrosant – le nucléaire et le jet d'eau

2007, où une étude suisse du cabinet Résonance a démontré que les estimations de résistance aux séismes de la centrale avaient grand besoin d'être revues, et qu'à tout le moins, la centrale n'aurait jamais dû être construite à cet endroit,

2009, où des débris divers ont quasiment obstrué le canal d'eau de refroidissement

2011, après Fukushima, lorsque l'ASN a fait semblant de s'apercevoir que le radier de la centrale était le plus mince de tout la parc français et ne protégerait pas la nappe phréatique d'une éventuelle fusion de cœur, réclamant pour 50 millions des travaux dont la validité a été remise en cause par l'IRSN, Institut pourtant officiel…

Et enfin 2018, lorsque EDF, devant l'éventualité que Fessenheim ne puisse valider sa 4eme visite décennale, malgré des travaux d'ampleur, a préféré reculer devant ce risque et a imposé la légende de la fermeture politique d'une centrale en parfait état de fonctionnement.

En résumé, 43 ans :

  • De luttes, de témoignages, de révélations du côté des associations
  • De nuits blanches et de calculs trop rapides pour les ingénieurs de la centrales chargés de démontrer que tout va toujours bien dans le meilleur des mondes et que les incidents sont toujours "mineurs", les fuites toujours des "défauts d'étanchéité".
  • De contre-vérités, de mensonges ou de légendes aimablement propagées par les politiciens de tous bords, plus intéressés par les retombées financières de la centrale que la protection de leurs électeurs…

43 ans d'emmerdements… et tout cela pour moins de 2% de la production électrique française...

Alors, centrale, nous ne pouvons que souhaiter que ton cadavre encore trop chaud de radiations arrête de polluer notre environnement et nos esprits, mais pour les 25 ans à venir, il faut craindre que l'Alsace ne soit pas encore débarrassée du nucléaire…

Par Jean-Marie Brom

Photo : devant le cercueil de la centrale, ce 30 juin 2020

 

 

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