Rencontres

La parole est rarement donnée aux populations indigènes qui vivent en Amazonie. Tzama est un leader tribal Shuar, une communauté indigène qui rassemble plus de 40 000 personnes de l'Amazonie équatorienne. Il fait partie de ces voix d'Amazonie, parcourant l’Équateur et plus largement l’Amérique, qui alertent sur la destruction de la forêt équatoriale.

Avec sa petite communauté de 57 personnes, située à Tawasap proche de Palora en Equateur, ils se battent concrètement pour sauver l’écosystème amazonien. Le Journal de l'Insoumission l'a interviewé. Il nous raconte son combat, les difficultés rencontrées et surtout les aspirations de sa communauté pour ce territoire. Il nous rappelle à sa manière et avec ses propres mots, que de l'Amazonie au plus petit village de France, nous avons un intérêt universel à protéger un écosystème qui nous est commun. Un entretien exceptionnel mené en espagnol et traduit en Français.

Quels sont les impacts du changement climatique et les problématiques environnementales que tu peux observer concrètement ?

Les impacts du changement climatique sur la forêt amazonienne sont terribles. Le rythme et l'intensité des pluies ont changé, le soleil est de plus en plus fort et les températures grimpent. Certains arbres ne supportent plus les vagues de chaleurs et sont en train de mourir. Les fleuves s'assèchent, les poissons (qui sont pour nous une ressource alimentaire essentielle) sont en train de disparaître. Ces impacts ne sont pas seulement dus au réchauffement climatique, ce sont aussi les conséquences de l'exploitation incontrôlée de la forêt (des ressources minières, pétrolières et du bois) mais surtout de l' agroproduction. Du Brésil à l’Équateur, l'exploitation de la canne à sucre et du soja en particulier, empiète sur la forêt et sur notre habitat. Nous sommes aussi confrontés à la difficulté de la gestion des déchets. Les communautés indigénes ne savent pas comment administrer et gérer cette problématique. Elles sont envahies par des déchets qui ne sont pas recyclés et dont elles ne savent que faire.

Comment avec la communauté de Tawasap agissez-vous concrètement pour préserver l’écosystème amazonien?

Nous luttons sur deux fronts. Celui de la décontamination et de la reforestation. Cela fait 20 ans, que nous entreprenons une collecte généralisée des déchets. Nous avons aussi commencé à reforester. Nous allons bientôt fêter la plantations des 2 millions d'arbres et nous nous sommes fixés comme objectif d'en planter 10 millions d'ici 2030. Les arbres et la forêt sont essentiels. Ils nous permettent de produire de l’oxygène, de fertiliser nos sols et de purifier notre eau. Voici ce qui nous anime. C'est une question de survie.

Quelles difficultés rencontrez-vous ?

La menace est permanente. Il n'existe pas un mètre carré de l'Amazonie qui ne soit pas menacé par l'exploitation forestière, pétrolière ou minière. Nous devons nous battre contre des puissances bien plus fortes que nous. Beaucoup de communautés indigènes de l'Amazonie ont dû céder face à ce niveau de pression. Leurs territoires ont été dévastés.

Notre lutte se fait sans moyen, ni aide de la part du gouvernement ou des ONG. Certaines grandes ONG sont venus pour filmer ou prendre des photos. Nous savons qu'elles organisent des études et des conférences et qu'elles récoltent de l'argent mais nous n'en avons jamais vu la couleur pour nous aider dans les actions concrètes que nous menons. Pourtant nous pensons que notre combat est un combat commun. L'Amazonie fournit le monde en oxygène et en plantes permettant de produire des médicaments. Les ONG, les gouvernements, de tous les pays, les entreprises, les industries devraient nous aider dans ce combat.

Nous luttons avec nos petites mains, par simple conviction. Nous n'avons pas d'aide insitutionnelle pour faire nos pépinières d'arbres ni pour préparer les plantes. Nous rencontrons avant tout des difficultés matérielles. Nous manquons de camionnettes pour transporter les arbres ou les plantes sur les lieux de reforestation ou pour transporter les déchets vers des lieux de recyclage. Nous avons aussi besoin de pelles, de machettes, de récipients etc.

Quel modèle économique et de développement soutenez-vous face à l'extractivisme ?

Le modèle économique que nous portons est ce nous appelons la bioéconomie, une économie alternative et respectueuse de notre environnement. Nous cherchons à être autosuffisants pour ne pas dépendre des gouvernements. Nos connaissances du milieu amazonien nous permettent d'assurer une sécurité alimentaire. Nous transmettons nos savoirs quant à la conception et architecture indigène. Ainsi nous construisons nos propres maisons.

Nous cherchons à développer un écotourisme communautaire. C'est un moyen pour nous de concilier l’impératif environnemental tout en protégeant notre culture. C'est avec cet objectif que nous avons créé notamment le musée national Shuar d'Equateur Kakaram. Nous formons également nos jeunes à la production audiovisuelle (Tv, cinèma) dans le but de promouvoir notre culture et nos actions notamment sur internet et Youtube1. Nous produisons et vendons des plantes médicinales Ikiamwais, comme la wayuza, de l'artisanat, de la peinture, de la musique et des spectacle de danses shuars.

Vous avez fait le choix d'ouvrir votre communauté et de recevoir des volontaires du monde entier, peux-tu nous en dire plus ?

Nous invitons les gens à découvrir notre culture, connaître l'Amazonie et profiter de notre monde et de notre habitat. Nous recevons des volontaires d’Equateur mais aussi du monde entier2 , qui nous font l'amitié de participer à ce combat commun que ce soit pour la reforestation ou la décontamination de l'Amazonie. Nous sommes trop peu nombreux pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés. Certains des volontaires font aussi le choix de nous appuyer financièrement dans nos projets. Nous sommes extrêmement reconnaissant pour leur aide.Voila qui démontre que nous ne sommes pas seuls et que beaucoup de gens nous soutiennent.

As-tu un message à transmettre à ceux qui te liront ?

Il est temps d'unir nos forces et de vivre comme des frères, sans distinction de race ou de classe sociale, sans culpabiliser personne. Nous sommes tous des pollueurs et responsables du mauvais traitement que nous imposons à la planète. Nous sommes trop obnubilés par la croissance et le développement mais nous devons penser à la nature et aux générations futures. Nos enfants et leurs enfants doivent pouvoir se souvenir de nous en bien. Nous devons décontaminer tous les lieux que nous avons contaminé que ce soit nos fleuves, nos villes, nos forets, y compris nos océans.

J'invite mes sœurs et frères de France à décontaminer leurs territoires, à faire attention à l'eau, à leur oxygène et à leur terre. Protéger ces trois éléments, c'est protéger nos enfants. J'invite la France à participer à cette lutte pour la vie. J’espère que ce message arrivera jusqu'au cœur et l'esprit de ceux qui me liront.

1 Vous trouverez le compte Youtube de la communauté ici: https://www.youtube.com/user/TZAMAZONAS
2 Pour contacter la communauté : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Anthony BRONDEL

 

 

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