Rencontres

Rencontre avec Adrien Quatennens, député insoumis du Nord et coordinateur de la France insoumise.

Jaurès disait de la laïcité qu’elle était « l’acte de foi dans l’efficacité morale et sociale de la raison, dans la valeur de la personne humaine raisonnable et éducable ».
Quelle serait votre définition de la laïcité ?

Le mot « laïcité » vient du grec « laos » qui désigne l’unité d’une population quelles que soient les particularités des êtres qui la composent. Pour donner corps à cette unité, on distingue ce qui est commun à tous et donc public, de ce qui différencie et relève du domaine privé. Pilier de la République, la laïcité, est un universalisme en opposition au différentialisme. Parce qu’elle relève de vérités révélées dont il n’y a pas de preuve, la religion ne saurait engager toute la population. Pas plus que l’athéisme d’ailleurs ! La loi est donc nécessairement indépendante du religieux. La laïcité n’est pas l’hostilité à la religion mais bien le refus de la collusion entre la religion et le pouvoir politique. Par-delà la question religieuse, la laïcité comme pilier de l’idéal républicain repose sur trois grands principes juridiques et politiques : la liberté de conscience (la seule qui ne connaisse pas de limite), l’égalité des droits des athées comme des croyants et la dévolution de la sphère publique au service de l’intérêt général surplombant les intérêts particuliers dont il n’est pas la somme.

L’Avenir en commun titre « à l’offensive sur la laïcité » et dénonce « tous les communautarismes et l’utilisation politique de la religion ». Pourriez-vous nous préciser ce que cela signifie ?

La France Insoumise est un mouvement républicain. L’universalisme républicain et laïque ne peut fonctionner que s’il cesse d’être abstrait. On ne peut se satisfaire du fait que « Liberté, Egalité, Fraternité » soit vécue comme une formule magique réservée aux frontons des mairies et la laïcité comme un concept hors sol, bon pour les gros ouvrages de librairies ! La République est toujours un idéal révolutionnaire. Les discriminations, la précarisation, le recul des services publics sont autant de ses carences qui encouragent le repli communautaire. Parce qu’il s’appuie sur les particularismes, le communautarisme est une stratégie politique anti-républicaine. C’est quand la République recule dans les faits que le communautarisme peut avancer. Observez comme ce qui est renvoyé à l’action communautaire correspond souvent à ce qui dépendait des services publics ! Plus grande est l’injustice sociale, plus faible est le recours à la collectivité, plus grande est la force du communautarisme. Voici pourquoi le combat laïque ne peut être dissocié du combat social et d’un anti-racisme intransigeant. Le souci laïque est de traiter de façon égale tous les êtres humains, c’est-à-dire que la liberté soit la même pour tous, sans privilège d’une conviction particulière, qu’elle soit religieuse, athée, ou agnostique. Par conséquent, l’Etat laïque organise un cadre politique commun fondé sur les droits humains universels et non sur des particularismes religieux ou coutumiers. De tels droits ont été conquis à rebours des puissances d’oppression, et ne sont nullement des produits de la civilisation chrétienne.

Que dénoncez-vous quand vous parlez des « » ?

La laïcité est trop souvent transformée en prétexte pour mener une guerre contre une religion : l’Islam. Ceux qui se drapent derrière la laïcité pour justifier leur haine, leur obsession, leur racisme et mener un combat contre une religion en particulier font autant de mal à la République que ses adversaires déclarés. La laïcité protège le droit des musulmans, autant que celui des catholiques, des juifs, des protestants et de tous les croyants, autant qu’elle protège le droit que se reconnaissent 60% des français de n’avoir aucune religion. Nous sommes absolument hostiles à ce que la religion s’invite en politique. Comme le disait Victor Hugo, nous voulons « l’Etat chez lui et l’Eglise chez elle ». C’est la raison pour laquelle, si dans le domaine privé chacun est libre de ses pratiques religieuses, nous ne sommes pas d’accord pour que des élus de la République assistent en tant qu’élus à des offices ou portent des accoutrements religieux. De la même manière, il faut abolir le concordat d’Alsace-Moselle et un président de la République ne devrait pas accepter le titre de Chanoine de Latran. La laïcité ne peut pas être à géométrie variable. Quand Emmanuel Macron indique vouloir « réparer » le « lien abîmé » entre l’Eglise et l’Etat, il affaiblit la laïcité.

Propos recueillis par Séverine Véziès

 

 

Abonnez-vous

Chère lectrice, chère lecteur,
Les équipes du Journal de l'insoumission travaillent d'arrache-pied pour vous offrir un magazine trimestriel et un site internet de qualité pour informer et participer d'une culture de l'insoumission. Nous améliorons sans cesse notre formule et nos thématiques : politique, climat, économie, social, société, international. Nous traitons de nombreux sujets avec sérieux et sous de nombreux formats : interviews, analyses, reportages, recettes de cuisine etc. Nous participons aussi à un nouveau média insoumis en ligne Linsoumission.fr. Le Journal de l'insoumission en devient le pendant en format papier et magazine. Les médias insoumis se fédèrent et s'entraident pour affronter la période et les échéances à venir.

Notre objectif est la vente en kiosque dans toute la France métropolitaine et d'outre-mers. Pour ce faire, nous avons plus que jamais besoin de vous. L’abonnement et les ventes sont actuellement notre seule source de financement.

Aidez-nous dans cette aventure. Soutenez le Journal de l’insoumission. Abonnez-vous.

Pour suivre les actualités du JI, abonnez-vous à notre newsletter. C'est gratuit.