Rencontres

Qu’est ce qui t’a le plus frappé en arrivant à Bruxelles ?
Ce qui m’a paru le plus frappant, c’est à quel point l’organisation même des lieux est symbolique de la rupture entre les institutions et les peuples européens. Ce sont trois grands bâtiments reliés par des passerelles. Une fois entré le matin, vous pouvez y rester la journée sans respirer l’air de l’extérieur ! Comment entends-tu exercer ton mandat dans ce contexte ?

Nous devons prendre garde à ne pas nous enfermer dans une institution dans laquelle nos pouvoirs sont très limités. Il s’agira donc de sonner l’alerte sur les grands dossiers à venir comme l’accord de libre-échange avec le Mercosur. Il s’agira aussi d’arracher des victoires comme avait pu le faire Younous Omarjee dans la mandature précédente, notamment contre la pêche électrique. Il s’agira de susciter et de soutenir les mobilisations citoyennes car il est clair que nous ne pourrons pas tout changer par notre présence au Parlement Européen.

Tu vas siéger dans quelles commissions ? Quels y seront tes combats ?
Je vais siéger au sein de trois commissions importantes. Je serai titulaire au sein de la commission Industrie, Recherche et Innovation (ITRE) et suppléant dans les commissions en charge de l’agriculture (AGRI) et de l’environnement (ENVI). Je souhaite y mener notamment un combat pour la défense de notre outil industriel, indispensable pour mener à bien la transition écologique. Je compte aussi me mobiliser pour une réforme ambitieuse de la PAC, pour permettre la transition vers une agriculture paysanne et biologique, respectueuse de l'environnement, des conditions de vie des agriculteurs, de la santé des consommateurs et du bien-être animal. Enfin, je souhaite défendre l’idée d’une écologie cohérente et sociale, qui rompt avec le libre-échange et qui ne présente pas aux plus pauvres seulement la facture des immenses changements à opérer.

Les élections européennes n’ont pas mobilisé les « foules » notamment dans les quartiers populaires, quelles leçons en tires-tu ?
Ce n’était pas une surprise. Depuis plusieurs années, les peuples européens se sont éloignés des urnes, en particulier pour les élections européennes. Comment leur en vouloir quand on leur promet l’Europe sociale depuis 30 ans et que le résultat qu’ils ont sous leurs yeux, c’est l’Europe de la compétition sociale, des délocalisations et du dumping social ? Que reprocher à ces citoyens quand cette construction se fait de plus en plus sans eux et qu’un texte constitutionnel rejeté par référendum entre en application quelques mois plus tard sous forme de traité ? Clairement, il n’y aura pas de réconciliation sans une rupture radicale ni sans la mise en oeuvre de nouveaux traités qui assoient la construction européenne sur la souveraineté populaire. Nous savons bien que c’est une victoire aux élections nationales en France qui nous permettrait d’installer le rapport de force nécessaire pour y arriver. D’ici-là, notre rôle à Strasbourg et à Bruxelles est de faire entendre la voix des peuples, de nous battre pied à pied contre les souffrances sociales dont est responsable aujourd’hui l’Union Européenne et d’être le grain de sable qui enraye cette machine infernale. Il est aussi de préparer, depuis le cœur du système, notre stratégie car nous savons que la caste qui dirige aujourd’hui l’Union Européenne ne se laissera pas déposséder de son pouvoir avec le sourire.

Propos recueillis par Gabriel Amard

 

 

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