Rencontres

Anne-Sophie, après 6 mois en tant qu’euro-députée, quelles sont tes premières batailles menées au Parlement européen ?
Les combats sont nombreux au Parlement européen !

Ça dépend beaucoup des commissions : en « LIBE 1 » où l’on discute des droits fondamentaux et de la situation migratoire, le combat est assumé et constant. Contrer le discours d’une extrême-droite très présente et décomplexée. J’ai plusieurs souvenirs comme celui d’un député grec d’un parti néo-nazi qui qualifie les migrants de criminels, ou encore d’un eurodéputé du Rassemblement national qui nous explique que les feux de brousse en Australie ont été déclenchés par des islamistes radicaux…

En « IMCO 2 » où l’on traite du marché intérieur, c’est beaucoup plus sournois. Les textes sont vidés habilement de leur substance, les garanties pour les consommateurs supprimées.
Sur chaque sujet je me bats, je me bats pour défendre les droits des personnes qui nous ont élu·es. Tu t'investis beaucoup pour défendre les travailleurs du Parlement européen : personnel de ménage, personnel de cantine, etc…

Pourquoi ce sujet te tient-il tellement à cœur ?
J’ai travaillé de nombreuses années comme aide à domicile, quand je suis arrivée au Parlement européen j’ai été frappée du mépris de certains député.e.s pour ces « petites-mains ». Je ne comprends pas ce mépris de classe, moi je discute avec ces hommes et ces femmes et tout naturellement ils ont commencé à me faire part de ce qui ne fonctionnait pas au Parlement.
En ce moment on suit avec attention le cas d’une entreprise qui effectue une partie des prestations de ménage en sous-traitance. Les conditions de travail sont indignes donc on se mobilise avec Manon Aubry, mais aussi avec des députés « Verts » ou « Socialistes » pour les aider.

Pendant la période de confinement, tu proposes aux internautes d'apprendre un peu la langue des signes sur ta page Facebook. Comment t'est venue cette idée ?
J’ai appris la langue des signes quand j’avais à m’occuper d’une personne sourde en tant qu’aide à domicile, afin de pouvoir échanger avec elle.
Et au Parlement européen je suis membre de l’intergroupe Handicap, on en parle aussi en commission LIBE et j’ai choisi de m’investir sur ce sujet. J’avais envie de faire des choses en ce sens et quand le confinement a été décrété je me suis dit que c’était le bon moment pour proposer quelque chose d’un peu ludique !
Et si ça peut permettre à certains de changer de regard sur le handicap ce serait super !

La pandémie du coronavirus plonge de nombreux pays dans une crise sanitaire grave. Que penses-tu de la réaction de l'Union européenne dans la gestion de cette crise ?
Ce que je constate c’est d’abord l’absence de réaction au début de la crise, l’Union européenne d’habitude si prompte à se mêler de tous les sujets a été très en retard. On a d’abord assisté à un repli sur soi, avec la fermeture des frontières de sept Etats membres et des mesures de restriction dans les exportations de matériel médical sans aucune coordination à l’échelon européen.
Cette crise montre aussi de manière très crue comment les politiques d’austérité budgétaire ont contribué à la destruction de notre hôpital public. On constate aussi à quel point cette Europe libérale est fragile et dépendante du reste du monde : 80% des principes actifs des médicaments vendus en Europe proviennent de Chine et d’Inde.
Enfin je suis révoltée et très inquiète de la situation dans les îles grecques. On tire la sonnette depuis plusieurs mois sur les conditions de vie indignes des réfugié·e·s sur ces îles et aujourd’hui rien n’est fait pour les protéger de la pandémie.

Tu as tiré le signal d'alarme sur des conséquences graves dans les EHPAD. Peux-tu nous en dire plus ?
Je recevais beaucoup de témoignages d’amis soignants ou de connaissances qui m’alertaient sur le manque de matériel dans les EHPAD. J’ai exprimé ma colère et j’ai fait un appel à témoignage pour avoir plus de visibilité sur la situation.
Malheureusement c’est pire que ce que j’imaginais. Il y a beaucoup d’EHPAD où il n’y a pas de masques ou de gel hydroalcoolique. Le gouvernement a pris des mesures mais trop tardives et les personnels d’EHPAD ne sont pas jugés « prioritaires ».
Résultat : de nombreux EHPAD sont touchés par le Covid‑19 et nos aînés en paient le prix.
Pour les soignants le choix est impossible : se mettre en danger soi et ses proches pour continuer à venir en aide aux personnes âgées ou se protéger mais renoncer à s’occuper de nos aînés.

1 LIBE : Commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures
2 IMCO : Commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs

Baptiste Spilers

 

 

Abonnez-vous

Chère lectrice, chère lecteur,
Les équipes du Journal de l'insoumission travaillent d'arrache-pied pour vous offrir un magazine trimestriel et un site internet de qualité pour informer et participer d'une culture de l'insoumission. Nous améliorons sans cesse notre formule et nos thématiques : politique, climat, économie, social, société, international. Nous traitons de nombreux sujets avec sérieux et sous de nombreux formats : interviews, analyses, reportages, recettes de cuisine etc. Nous participons aussi à un nouveau média insoumis en ligne Linsoumission.fr. Le Journal de l'insoumission en devient le pendant en format papier et magazine. Les médias insoumis se fédèrent et s'entraident pour affronter la période et les échéances à venir.

Notre objectif est la vente en kiosque dans toute la France métropolitaine et d'outre-mers. Pour ce faire, nous avons plus que jamais besoin de vous. L’abonnement et les ventes sont actuellement notre seule source de financement.

Aidez-nous dans cette aventure. Soutenez le Journal de l’insoumission. Abonnez-vous.

Pour suivre les actualités du JI, abonnez-vous à notre newsletter. C'est gratuit.