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Le 22 mars est la Journée mondiale de l’eau. Alors que le COVID 19 nous impose le suivi strict des « gestes barrières » et le confinement, il est essentiel de revendiquer l’accès pour toutes et tous à l’eau afin de permettre que chacun.e puisse adopter les « gestes barrières », notamment se laver les mains.

La pandémie du COVID 19 frappe tous les continents. Plusieurs pays européens appliquent le confinement. La plupart des pays imposent des quatorzaines pour les personnes infectées et celles ayant été en contact. Nous constatons tous des stratégies qui fonctionnent mieux que d’autres. Le dépistage et le port d’un masque sont systématiques dans certains pays comme en Corée du Sud, pas en France. Mais tous les gouvernements et l’Organisation mondiale de la Santé demandent en premier lieu le respect des gestes barrières. Le plus fondamental d’entre eux est de se laver les mains régulièrement. Rien de plus simple. Il suffit d’avoir du savon … et de l’eau.

Pourtant, dans le monde, 2,2 milliards de personnes n’ont pas accès à des services d’alimentation domestique en eau potable gérés en toute sécurité, c’est à dire avec une eau située au domicile, disponible en cas de besoin et exempte de contamination. 4,2 milliards de personnes vivent sans accès à un assainissement adéquat (OMS / UNICEF). 4 milliards de personnes subissent au moins une pénurie d’eau par mois (ONU développement). En France métropolitaine aussi, 1,4 million de personnes n’ont toujours pas accès à une eau potable saine.

Se laver les mains, mais aussi laver ses vêtements et nettoyer chez soi ne sont pas des pratiques accessibles pour toutes et tous. Les plus vulnérables sont en première ligne. Le COVID 19 risque de frapper terriblement partout où l’accès à l’eau potable et à l’assainissement n’est pas sécurisé, que ce soit dans les pays du Sud ou dans les pays industrialisés.

Ainsi, les personnes sans domicile fixe, les personnes migrantes, mais aussi les familles qui subissent les coupures d’eau peuvent tomber malades, plus que les autres. Beaucoup de ces personnes ont pourtant déjà des problèmes de santé, du fait de leurs conditions de vie. Certaines seront peut-être victimes des formes les graves du COVID 19 et risqueront d’en mourir dans l’isolement le plus total. Les associations de solidarité, les organisations caritatives et diverses organes de l’ONU alertent déjà les pouvoirs publics sur ces dangers.

Les « gestes barrières » et le confinement n’ont d’efficacité que si tous peuvent les pratiquer. Il est absurde de restreindre l’accès à l’aide médicale d’État, parce qu’il arrive aussi aux étrangers en situation irrégulière de tomber malades et de transmettre des maladies. De la même manière, il est absurde que les mesures de prévention ne puissent pas être appliquées par toutes et tous. Un virus dont la propagation est aussi rapide que le COVID 19 requiert une réponse universelle. Cette réponse ne peut tolérer les discriminations sociales.

En cette Journée mondiale de l’eau, il est essentiel que l’accès gratuit à l’eau, sans aucune condition de ressource soit immédiatement généralisé. Des points d’accès publics et gratuits à l’eau potable, par des fontaines publiques et des bains douches, doivent ouvrir (ou rouvrir) partout où cela est possible. Les bidonvilles doivent bénéficier d’un raccordement à l’eau potable gratuit. Les coupures d’eau ou restrictions de débit doivent cesser et être fortement réprimées. Dans la mesure du possible, le matériel d’hygiène, et notamment des savons, doit être distribué gratuitement. L’État, les collectivités et les opérateurs privés ont donc une grande responsabilité pour faciliter la généralisation des gestes barrières. Évidemment, si les personnes sans domicile fixe sont logées immédiatement (dans des gymnases, par la réquisition des hôtels, et des logements vacants), cela garantira plus facilement leur accès à l’eau.

L’accès à l’eau potable et à l’assainissement a toujours été un facteur de réduction des épidémies, parce qu’il assure à chacun l’hygiène nécessaire. La réalisation effective du droit à l’eau est donc indispensable. L’installation de points d’eau publics et gratuits, l’ouverture de bains-douches, l’interdiction réelle des coupures d’eau, la gratuité des compteurs et des mètres cubes d’eau indispensables à la vie sont essentielles. La gestion publique et citoyenne de l’eau est le vecteur le plus efficace pour assurer ces actions.

Il s’agit d’une question sociale et sanitaire. Il faut de l’eau pour se laver les mains.

Par Vivien Rebière