Monde

Les revendications légitimes du peuple chilien ont reçu de la part de Piñera un accueil inacceptable puisqu’il a choisi de déclarer, textuellement, la guerre au peuple en entraînant derrière lui les carabiniers et l’armée, en nommant un général au poste de ministre de la défense. La guerre a donc un ennemi puissant, le peuple, ce sont ses propres termes !

Ce qui interpelle aujourd’hui est la violence et la cruauté avec lesquelles les forces de l’ordre répriment, non seulement les manifestations mais agressent de simples citoyens qui n’ont pas l’air de leur plaire. Et pourtant, ce ne sont pas les mêmes qu’il y a presque 50 ans !

Gaz lacrymogènes et tirs de LBD à bout portant, disparitions, viols, meurtres, vols, intimidations, incendies volontaires et calculés, manipulations de l’opinion ! La quantité impressionnante de vidéos amateurs en est la démonstration évidente. Mais comment en sont-ils arrivés à ce point ?

C’est la question que je me pose et, sans doute avec moi beaucoup de Chiliennes et de Chiliens. Comment est-ce possible que des institutions respectées puissent, du jour au lendemain, perdre le contrôle et se livrer à des actes de barbarie de cette nature ?

Cela reste pour moi une énigme à ce jour mais il est certain que la population ne retrouvera pas de si tôt la confiance qu’elle avait dans les forces institutionnelles et la pseudo-démocratie qu’on leur a imposée à travers les personnalités politiques traditionnelles et à laquelle ils ont cru.

Les nombreuses plaintes déposées pour atteinte aux Droits de l’Homme auront-elles un écho devant la justice ? Les organismes internationaux, l’ONU avec Bachelet vont-ils enfin réagir ? Rien n’est moins sûr.

Il n’empêche que les soupçons de torture au métro Baquedano, entre autres, sont bien réelles, que les incendies dans le métro n’ont pas pu être opérés par des manifestants puisque ce qui a servi à les démarrer ne se trouve pas dans le commerce et est uniquement en possession des forces de l’ordre. Il devient difficile de se déplacer en métro et les incendies se sont multipliés envers les pharmacies, les restaurants populaires ou les petits commerces, ce qui exaspère la population. Si une manifestation totalement pacifique est autorisée jusqu’à 19h, les carabiniers sont prêts à procéder à la dispersion à 19h05 avec force, gaz lacrymogènes et canons à eau. Au-delà de cette répression féroce, la population peine à s’alimenter. Les prix explosent et les produits alimentaires de première nécessité et les plus populaires comme le pain et le lait ou les fruits et légumes deviennent inabordables. Les beaux quartiers de l’est de la capitale sont, bien entendu, épargnés, c’est comme si l’on vivait dans un autre monde ou à une autre époque.

Plutôt que d’apaiser les esprits, chercher un retour au calme et tandis que 14 carabiniers sont accusés de torture, Piñera a une nouvelle fois envoyé, ce mercredi 6 novembre, ses mercenaires cagoulés à l'assaut des manifestants. Le métro est fermé. Le siège de la UDI (droite pinochetiste) est pris d'assaut.

Piñera continue de nier l'évidence et toute responsabilité au nom du maintien de l’ordre et professe des mensonges continuels dans les médias complaisants mais personne n’est dupe. Oser prétendre que les forces de l’ordre n'ont commis aucune faute ou exaction et, qui plus est, déclarer qu’il était partie prenante lors des manifestations est un conte auquel personne ne peut croire!

Pour l’instant, je cherche à comprendre, j’ai mal à mon Chili et je pleure.

Piñera menteur, voleur, assassin, imposteur, démission et nouvelle constitution !

¡ Piñera mentiroso, ladrón, asesino, impostor, dimisión y nueva constitución !

Par Jean-Michel Hureau