Lire et sortir

Dominique LESTEL a été un pionnier dans la philosophie de l’animal, depuis Les origines animales de la culture, Flammarion 2001. Il nous invitait à revisiter les certitudes de la pensée occidentale, laquelle s’est construite depuis le mythe de Prométhée, par le christianisme et le néo-cartésianisme dans une distinction de l’animalité et de l’humanité qui cache – mal – une hostilité vis-à-vis de l’animal. L’animal devait être domestiqué, dominé, et l’animalité expurgée hors de nous. Cet auteur paraît d’autant plus précieux pour penser l’animal que ses précautions vis-à-vis de l’engouement à propos de la cause animale ne sont pas suspectes d’un déni d’intérêt.

Nous sommes passés d’une conception de l’animal machine à l’animal peluche, et il n’est pas sûr que cette approche morale, compassionnelle, soit meilleure. Elle manque en partie le but de comprendre l’animalité, celle des autres animaux et la nôtre. Certes les risques actuels sont dramatiques. La surexploitation, la souffrance animale et la perte de biodiversité sont évidents. Pourtant la pensée de la cause animale a pris un tour moral parfois inquiétant. Le mouvement Vegan peut porter un fond éthique et religieux qui parfois oublie la propre animalité de l’humain. Pourquoi l’humain deviendrait le seul animal à ne pas tuer pour vivre ? En même temps le mouvement transhumaniste semble à son tour ôter toute chair animale, voire vivante à l’humain, et nous sommes engagés dans une nouvelle course évolutionniste où les partisans des machines et des logiciels pourraient construire un monde sans animaux et sans humains. La multiplication des robots zoomorphes et des univers virtuels semble bien constituer un pis-aller quand la faune et la flore disparaissent réellement.

Il est alors urgent de penser l’animal pour lui-même. De reconnaître qu’on en a pensé des stéréotypes idéaux, faisant l’impasse sur les variations, les hybridations. L’homme devient humain en apprenant de l’animal, il ne s’est pas construit par différence mais par relation. S’inspirant des cultures non occidentales Dominique LESTEL invite à penser un « zoomorphisme », à développer l’imagination et penser le futur : de nouvelles relations avec l’animal : « nous devons chercher à vivre en eux et leur offrir l’hospitalité en nous. »

On lira avec plaisir ce court ouvrage, synthèse de vingt années de travaux pour fonder une éthologie philosophique. Son style bondissant, s’autorisant des sauts de grenouilles d’un sujet à l’autre, ses exemples surprenants, et sa projection dans le futur sont autant d’attraits pour penser une question oh combien actuelle, revivifiée hélas par le risque de zoonose évoqué à l’occasion du Covid19.

 

 

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