l'édito

Canicule, incendies, inflation galopante et crise politique, voici le cocktail Molotov qui s'installe dans le pays. Après une séquence électorale où il a été presque impossible de débattre des enjeux véritables, en grande partie du fait du refus du candidat Macron de se prêter à cet exercice démocratique légitime et indispensable, rien n'est solutionné, rien n'est tranché.

Pire encore, le barrage républicain a des airs de radeau de la Méduse. Élu à la faveur d'un second tour de barrage à l'extrême droite, des élections législatives sévèrement perdues, voici, Macron 2, son gouvernement, sans vote de confiance donc légitime du seul fait du prince, et sa non majorité parlementaire, qui pavoisent et continuent les mêmes recettes contre le peuple.

À écouter Macron 2, les français.es lui auraient donné l'onction. La retraite à 65 ans, les français.es auraient voté pour. L'austérité programmée et promise à la commission européenne, les français.es auraient voté pour. L'inaction climatique, pour aussi. Un tel niveau de déni, s'il n'était pas le signe de basses manœuvres politiciennes, pourrait relever de la psychiatrie.
A l'heure où j'écris ces lignes, dans le chaudron de l'Assemblée nationale, est débattu le projet de loi du gouvernement pour (ou plutôt « contre » ?) le pouvoir d'achat. L'examen de ce projet de loi et les votes des un.es et des autres sont un moment de clarification politique important. Au programme : primes aléatoires, augmentations accordées toujours en dessous du niveau de l'inflation actant de fait la perte de pouvoir d'achat des salarié.es et consommateurs, des chèquounets par-ci, des chèquounets par-là, des exonérations de cotisations sociales à la pelle sans boussole de justice sociale et fiscale…

Le projet de loi du gouvernement se résume ainsi : des miettes et l'aumône pour le grand nombre, des cadeaux et des privilèges bien préservés pour quelques-un.es. Qui plus est le gouvernement profite de cet examen pour introduire des dispositions de souveraineté énergétique (recours au gaz de schiste américain, réouverture d'une centrale à charbon) sans débat sur notre politique ou la trajectoire de bifurcation énergétique à prendre.

Du côté de l'opposition, la NUPES, avec les amendements qu'elle propose, issus de son projet d'urgence sociale présenté lors d'une conférence de presse le 5 juillet, tente de remettre au cœur des débats la véritable question : le partage des richesses et donc les augmentations de salaire.

Amendement pour l'augmentation du SMIC à 1500 euros nets : refusé. Amendement pour le gel des loyers : refusé. Amendement pour empêcher les exonérations de cotisations sociales pour les grandes entreprises ou celles qui ont des filiales dans les paradis fiscaux : refusé. La liste est longue de ces avancées sociales proposées par la NUPES et qui à chaque fois sont rejetées par la macronie, Les Républicains mais aussi devinez par qui ? Le Rassemblement National.

La lune de miel entre Macron et Lepen a démarré avec l'élection de deux vices présidents de l'Assemblée nationale grâce aux voix des député.es de la macronie. Elle continue avec le vote de lois de souffrances sociales. L'extrême droite, comme à chaque fois dans l'histoire où elle a été en mesure d'être aux manettes, montre son vrai visage : entre défendre les intérêts du peuple ou ceux de l'oligarchie, elle sera toujours du côté des puissants. L'extrême droite a toujours été une opposante de pacotille.

Car qui dit prime ou chèque, dit pas d'augmentation de salaire et donc des dispositifs provisoires, souvent inégalitaires, au coup par coup, des rustines sur un processus profondément inégalitaire de non partage des richesses qui ne remettent jamais en cause les racines du problème. Car là est bien le souci du gouvernement. Surtout ne pas remette en cause l'ordre établi, c'est-à-dire un capitalisme financiarisé devenu complètement fou qui créé le chaos pour mieux s'en gaver ensuite.

En France, de mars 2020 à octobre 2021, la fortune des milliardaires français a augmenté de 86%. Ces 236 milliards d'euros supplémentaires engrangés en 19 mois pourraient permettre de quadrupler le budget de l'hôpital public ou représenter un chèque de 3500 euros pour chaque français.e. Les 5 premières fortunes françaises ont doublé leur richesse depuis le début de la pandémie. Pour les entreprises du CAC 40, c'est 174 milliards d'euros de bénéfices en 2021. Des bénéfices supérieurs aux prévisions de l'agence Bloomberg (137 milliards d'euros) et des Échos (160 milliards). Le record de 2007 à 100 milliards est littéralement pulvérisé. On apprend aussi que ni Total, ni Sanofi, ni Renault ne paient d'impôts en France. La rémunération moyenne des dirigeants du CAC 40 s'élève à 8,7 millions d'euros en 2021 contre 4,5 millions d'euros un an plus tôt. Soit une augmentation de 100% en un an !

Les salarié.es ne peuvent pas en dire autant ! Ils ont plutôt vu leurs salaires stagnés et leur pouvoir d'achat grignoté par l'inflation à un point où on en est à devoir préserver leur pouvoir de vivre : 10% de la population française soit 7 millions de personnes ont besoin de l'aide alimentaire et près de 4 millions supplémentaires sont en situation de fragilité. Le processus inflationniste étant loin d'être réglé, la situation ne fera que de se dégrader.

À contrario, chez nos partenaires européens, des décisions fortes ont été prises dans ce contexte : augmentation du SMIC entre 22% et 30% en Allemagne ou en Espagne, taxation des profiteurs de crise comme en Espagne, en Italie ou en Angleterre.

Alors oui, l'été sera chaud mais la rentrée aussi car décidément Macron 2 sera comme Macron 1, le fossoyeur des droits et des intérêts du peuple. Qui plus est avec la bénédiction et l'aide de l'extrême droite.

« Aujourd'hui, je refais ainsi la définition de la Révolution : une grande lumière mise au service d'une grande justice. » Victor Hugo

Séverine VEZIES

Retrouvez notre « article-autopsie » de la loi pouvoir d'achat : ici

Photo : copyright CANVA

 

 

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