International

Du Chili à l’Irak, de la France au Soudan, en passant par l’Algérie, le Liban, Haïti, l’Equateur, Hong-Kong, les peuples se soulèvent. Nouvelle taxe, hausse du prix de tel service ou denrée, acharnement des oligarchies à conserver les pouvoirs…

Par-delà la diversité des étincelles et des situations, les peuples convergent en se réaffirmant comme acteurs politiques, enclenchant des dynamiques de révolutions citoyennes qui dépassent les revendications sectorielles.

Contre le piétinement de leur dignité, les inégalités et injustices, la corruption sous toutes ses formes, la destruction de l’environnement, ils réaffirment des droits universels à des emplois et services publics de qualité, à la justice sociale et fiscale, des institutions transparentes et démocratiques…, bafoués dans toutes les formes nationales du néolibéralisme global. Partout les droits du plus grand nombre sont niés, les biens communs mis en coupe réglée et la dette érigée en mode de gouvernement au service des rentiers.

Ces soulèvements font fi des carcans identitaires entretenus par les oligarchies. Les drapeaux nationaux sont brandis comme preuve d’une volonté civique de (re)faire nation sur des bases politiques et non ethniques. Les jeunes, qui refusent de voir leur avenir volé ; les femmes, en première ligne de l’organisation sociale et premières victimes du capitalisme, qui s’érigent contre le patriarcat incompatible avec la justice sociale ; les travailleurs, laminés par la destruction des tissus industriels ; les couches moyennes supportant l’essentiel des privilèges fiscaux faits aux plus riches ; les agents de services publics ravagés par l’austérité et ne tenant plus que par leur dévouement…, tous les secteurs des sociétés sont impliqués.

Deux moments clés peuvent être distingués dans les processus de révolutions citoyennes. Le premier, destituant, voit le rejet en bloc des oligarchies. L’ordre établi résiste, joue la division, réprime avec une violence plus ou moins intense. Officiellement « démocratiques » ou autoritaires, les régimes néolibéraux convergent dans l’usage de la force, au prétexte de maintenir « l’ordre », voire la « sécurité nationale ». La bascule survient s’ils plient. C’est ce qui ouvre la voie au moment constituant où le peuple souverain refonde les règles de l’organisation politico-sociale. Là, l’ordre ancien ruse souvent pour que « tout change sans que rien ne change ». C’est à ce stade que se trouve par exemple le soulèvement en cours au Chili, évoqué dans ce numéro.

Même lorsque la dynamique révolutionnaire s’enraye, que l’oligarchie s’accroche, aucun soulèvement populaire n’est vain. C’est toujours un moment de conscience collective semant des graines pour préparer les victoires de demain. Les soudanais ont attendu 30 ans parsemés de luttes réprimées dans le sang avant de renverser Omar El-Bechir en avril 2019. Et leur combat continu. Les révolutions citoyennes sont un enchaînement de luttes et résistances quotidiennes faites de solidarité, d’intelligence collective et de détermination.

Enfin, elles sont internationalistes par essence. Face aux forces identitaires à l’affût, ou aux tentatives de dévoiement des soulèvements à des fins géopolitiques, le renversement de la mondialisation néolibérale par la réaffirmation des droits universels n’est pas une option. C’est une condition du recouvrement des souverainetés populaires.

Florence Poznanski - Arnaud Le Gall

Crédits photo : Adjer
Débuté le 22 février 2019 contre la candidature du président Bouteflika à un 5e mandat, le Hirak (mouvement, soulèvement) algérien continue à ce jour, le peuple algérien demandant le départ de tous les représentants du « système », et réclamant une « seconde indépendance » après celle obtenue face à la France en 1962.

 

 

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