International

« Les forêts précèdent les Peuples, les déserts les suivent »
François-René de Chateaubriand

La catastrophe climatique en cours est en grande partie liée à une gestion des sols, qui combine deux facteurs de détérioration physique :

  • L’artificialisation par bétonnage, goudronnage, compactage et mitage (urbanisation éparpillée) ;
  • L’épuisement : perte de fertilité par surexploitation agricole, érosion, désertification, salinisation, contamination, pollutions diverses.

Car les sols remplissent de nombreuses fonctions indispensables à la vie : support pour l’agriculture et les forêts qui produisent du bois, filtrage et stockage de l’eau, hébergement d’une biodiversité immense, stockage de carbone …
Toute le monde comprend intuitivement que les évolutions ne vont pas dans le bon sens. Mais qu’en est-t-il concrètement ? Voici quelques chiffres qui éclairent la situation …

Une déforestation croissante et inégale

Les forêts n’occupent plus que 30% de terres émergées contre 45 % il y a 5 000 ans. Pire, si la déforestation est restée à peu près constante depuis les époques les plus reculées jusqu’à récemment ( -3 600 hectares par an), elle a été multipliée par 15 depuis 1990 ( -5 millions d’hectares par an).
D’après une étude menée en Amazonie sur 200 000 arbres, représentant 3600 essences, 50 % du CO2 est stocké par 1 % des arbres : plus vieux !
Or, c’est là que la déforestation est la plus forte. La foret primaire a perdu 80 % de sa surface initiale. Les 20 % restant se trouvent principalement en zones tropicales ; les plus exploitées :

D’autant qu’en Europe, la gestion des forêts ne respecte pas les principes de biodiversité, ce qui a pour conséquence un reboisement de type monoculture, qui appauvrir les sols, eux-mêmes considérés comme simples supports à une production très industrialisée, et, que le gouvernement voudrait livrer à la voracité des capitaux privés.
Le bilan est donc ; à l’échelle de la planète, très largement négatif, et ce, depuis des décennies. Ce sont en fait 17 Gigatonnes de CO2 qui n’ont pas été absorbées ces 25 dernières années.

Quelles en sont les causes ?

La population mondiale en nette croissance :

L’augmentation de la population mondiale a entraîné, dans l’objectif de nourrir tout le monde, une augmentation de la production agricole et 80 % de la déforestation a été réalisée pour laisser place à des terres agricoles.

Et ce n’est pas pour autant qu’on arrive à nourrir tout le monde. En effet, d’après Jean Ziegler, rapporteur du Programme pour le Développement aux Nations Unies, ce sont 60 millions de personnes qui meurent de faim chaque année dans le monde.
Pourtant la production agricole actuelle pourrait nourrir plus de 12 milliards de personnes (1,5 fois la population mondiale). Mais 30 % de cette production (soit 1,6 milliards de tonnes)  est perdue ou jetée avant d’avoir été consommée.

Une agriculture de plus en plus industrielle

En 2013, seules 3 % des exploitations avaient une surface supérieure à 100 hectares. Elles occupaient pourtant 50 % des terres agricoles. Leur taille les ont obligé à une plus grande mécanisation, très consommatrices en énergie. En 1940, 1 calorie d’énergie était consommée pour produire 2,3 calories de nourriture. En 2014, il faut 7 calories d’énergie pour 1 calorie de nourriture.

Ce phénomène s’inscrit dans un système plus global d’augmentation de la demande énergétique, qui a conduit à ne plus réserver les terres agricoles à la fourniture de l’alimentation. En 2003, une Directive européenne sur les agro-carburants fixe des objectifs de production : 2 % des carburants en 2005 ; 5,75 % en 2010
Conséquences : en 5 ans, c’est 6,5 millions d’hectares de terres arables qui ont ainsi été consacrés à la culture d’agrocarburants (source commission européenne).

Une agriculture de plus en plus tournée vers l’élevage

Pire encore, avec l’évolution des modes de vie et des régimes alimentaires, la production de viande explose : 318,7 millions de tonnes de viande ont été produites dans le monde en 2015. Une augmentation de 26 % par rapport à 2003.
Aujourd’hui, 75 % des terres agricoles mondiales sont destinées à la nourriture du cheptel, qui pourtant ne fournit que 8 % des apports caloriques et 18 % des protéines.
Ce cheptel consomme plus d’1/3 des céréales et 96 % du soja, qui, pourtant est responsable de 91 % de la déforestation amazonienne.

La consommation moyenne de viande par habitant est passée de 28,7 kg/an en 1970, à 43,0 kg/an en 2014.

Mais surtout ces chiffres cachent une réalité toujours aussi inégale : dans les pays en voie de développement, ce chiffre n’est que de 37,4 kg/an alors qu’il grimpe à 76,0 kg/an dans les pays développés.

Pourtant, le rendement calorique de l’élevage n’est pas fameux : il faut 7 calories ingurgitées par la bête, pour que l’apport calorique restitué par sa viande ne soit que de 1 calorie.

Dans les pays développés, les terres agricoles disparaissent.

Les terres agricoles sont en danger : En France, l’équivalent d’un département disparaît tous 7 ans environ (ce chiffre varie selon la méthode de mesure utilisée) ce qui équivaut à un stade de football toutes les 5 minutes, ou un potager de 25 m2 toutes les secondes.
Si ce rythme continue, un rapport publié en 2009 par l’INRA indique qu’en 2050 la France, ayant perdu son indépendance alimentaire pour les produits courants, devra importer massivement des denrées agricoles.
Une étude de l’Insee indique que, sur la période de 2005 à 2013, cette disparition est, pour les 2/3, la conséquence des permis de construire délivrés pour des maisons individuelles.
Et le prix de ces terres ne cesse d’augmenter : + 35 % en 10 ans, ce qui fait qu’aujourd’hui, un terrain constructible vaut en moyenne 55 fois plus qu’un terrain agricole.
Trop cher pour les jeunes agriculteurs qui n’ont plus les moyens de s’installer. Les petites installations disparaissent au profit de grosses exploitations agro-industrielles. De 1955 à 2010, le nombre d’agriculteurs en France est passé de 2 millions à 500 000.

Si on considère la chute du revenu net des agriculteurs, qui a baissé de 56 % entre 1960 et 2004, on comprend que l’agriculture paysanne est poussée à disparaître. Ne restent que les structures hyper mécanisées qui nécessite de lourds investissements. L’endettement par agriculteurs en France, entre 1980 et 2010 est passé de 57 900 € à159 700 €.

La conséquence : les terres agricoles demande une telle rentabilité financière, que seuls de puissants promoteurs peuvent les achèter au prix fort pour y construire des lotissements de maisons individuelles, des centres commerciaux, des complexes touristiques, des hypermarchés, des autoroutes, des aéroports, des stades …
L’argent reste, aussi dans le domaine écologique, le nerf d’une guerre que le système capitaliste libéral mène sur tous les fronts : social, économique, environnemental. La fin du monde et la fin du mois, constituent bien une seule cause et un même combat.

Bilan global

En conclusion, on en arrive donc aujourd’hui à constater qu’on détruit la forêt primaire des pays en développement, pourtant principal piège à carbone émergé de la planète, pour en faire des terres agricoles, produisant trop, mal et de façon polluante, en remplacement des terres agricoles que les pays développés artificialisent pour des raisons financières !

Les perspectives

La réduction croissante des surfaces biologiques, ainsi que la baisse de la fertilité des sols, a de graves conséquences à la fois économiques, sociales et écologiques :

  • une dépendance agricole et alimentaire vis-à-vis des marchés internationaux, accrue pour de nombreux pays ;
  • une capacité des sols à stocker le carbone sous forme de matière organique et à lutter contre le réchauffement climatique en forte baisse;
  • une augmentation des phénomènes d’inondation et d’érosion causés par le ruissellement de surface ;
  • une moindre régénération des nappes phréatiques et de la filtration naturelle des eaux, et raison de la baisse des infiltrations pluviales ;
  • perte de biodiversité sauvage, mais aussi cultivée et élevée ;
  • perte de patrimoines paysagers profondément façonnés par les paysans.

Cette raréfaction globale des sols entraîne l’accaparement des terres les plus fertiles par des acteurs privés, ou par certains États en quête d’un accès durable à des ressources vitales, y compris au-delà de leurs frontières. Entraînant aussi la perte de souveraineté alimentaire de nombreuses régions du globe, ce qui ne manquera pas à terme, de générer, comme ce fut le cas lors des émeutes de la faim de 2008, de très dangereuses tensions sociales et géopolitiques.

Bruno Isselin

 

 

Abonnez-vous

Chère lectrice, chère lecteur,
Les équipes du Journal de l'insoumission travaillent d'arrache-pied pour vous offrir un magazine trimestriel et un site internet de qualité pour informer et participer d'une culture de l'insoumission. Nous améliorons sans cesse notre formule et nos thématiques : politique, climat, économie, social, société, international. Nous traitons de nombreux sujets avec sérieux et sous de nombreux formats : interviews, analyses, reportages, recettes de cuisine etc. Nous participons aussi à un nouveau média insoumis en ligne Linsoumission.fr. Le Journal de l'insoumission en devient le pendant en format papier et magazine. Les médias insoumis se fédèrent et s'entraident pour affronter la période et les échéances à venir.

Notre objectif est la vente en kiosque dans toute la France métropolitaine et d'outre-mers. Pour ce faire, nous avons plus que jamais besoin de vous. L’abonnement et les ventes sont actuellement notre seule source de financement.

Aidez-nous dans cette aventure. Soutenez le Journal de l’insoumission. Abonnez-vous.

Pour suivre les actualités du JI, abonnez-vous à notre newsletter. C'est gratuit.