France

Est-il besoin de rappeler l’éclatante réussite des sports collectifs aux JO ? Les Bleu·es ont remporté brillamment 5 médailles. Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports les a félicité·es en vantant « la qualité de l’enseignement de ces sports à l’école » Des propos que n’ont pas franchement appréciés les sportif·ves de haut niveau qui ne se sont pas privé·es de réagir. Notre article.

Dimanche 8 août, les handballeuses françaises ont remporté le titre suprême aux Jeux olympiques de Tokyo, parachevant de fort belle manière la réussite des sports collectifs durant cette quinzaine. Avec six médailles dont trois d’or, les Français·es terminent deuxièmes derrière les États-Unis au palmarès des sports collectifs.

Jean-Michel Blanquer les a félicité·es en tweetant « Vive le sport collectif ! Vive l’E.P.S. ! Le succès de nos équipes illustre la qualité de l’enseignement de ces sports à l’école. Saluons le travail des enseignants d’E.P.S. et la bonne collaboration avec les fédérations. » Ce qui n’a pas franchement été apprécié par les sportifs qui n’ont pas tardé à réagir. Le handballeur Vincent Gérard, présent à Tokyo, lui a vertement répondu qu’il était heureux de voir que l’E.P.S. était considérée sur les réseaux sociaux alors que dans la réalité ce n’était pas le cas. Il a également souligné le fait qu’il en allait de même dans le reste de l’enseignement où les moyens ne sont pas mis. Maxime Mermoz, rugbyman et Marie Wattel, sixième du 100 mètres papillon aux J.O. y sont allé·es de leur tweet, l’un soulignant que cette réussite était plutôt le fait des clubs et des bénévoles, l’autre faisant preuve d’humour en l’informant de ses hésitations à reprendre l’E.P.S. en vue de s’entraîner au mieux pour Paris 2024.

Il est vrai que l’enseignement de l’E.P.S. dépend fortement des installations sportives dont jouit l’établissement dans lequel on est scolarisé. Il est dit dans le Bulletin officiel du 14 juillet 2011 qu’ « apprendre à nager à tous les élèves est une priorité nationale, inscrite dans le socle commun de connaissances et de compétences. » Pour permettre aux enfants d’atteindre ce niveau, il est même préconisé de prévoir une trentaine de séances réparties en deux ou trois cycles d’activités. Or, ce sont les communes qui ont en charge les installations des écoles maternelles et élémentaires, les conditions sont donc extrêmement variables d’une ville à l’autre. Les élèves de Nogent-sur-Marne (94) pourront parfaitement bénéficier de ces trente séances, la ville possédant une magnifique piscine couverte alors que ceux du Cannet-des-Maures (83) n’y auront pas droit car il n’y a pas de bassin pouvant les accueillir à proximité. Il en va de même pour les pratiques athlétiques. Les enseignant·es du 1er degré doivent très souvent faire E.P.S. dans la cour de l’école car ils·elles ne disposent pas de gymnase. Comment pratiquer correctement le hand-ball ou le basket-ball lorsque « l’entrainement » se termine très souvent par des genoux râpés sur le bitume ? Et nous n’aborderons pas la question du saut en hauteur ou du saut en longueur !

Frédéric, professeur à Marseille, nous indique que les installations municipales de la ville sont correctes mais que l’entretien des gymnases et des stades est fait dans l’urgence. Le gros point noir demeure les piscines. Elles sont peu nombreuses, vétustes et souvent en révision ou fermées à la dernière minute. La ville compte 14 piscines municipales pour 444 écoles, 97 collèges et 49 lycées. Lorsque les séances sont possibles, les 40 élèves peuvent occuper deux lignes d’eau, les autres étant destinées au public. Ses propos sont corroborés par une étude menée par la mairie de Marseille en juillet : 40 à 50 % des petits Marseillais ne savent pas nager à leur entrée en 6e et ce chiffre monte à 2 sur 3 dans les quartiers Nord. Frédéric nous précise également que Jean-Michel Blanquer se trompe de bout en bout. L’objectif de l’E.P.S. n’est pas de former des sportifs de haut niveau. Au contraire, les exigences sont de plus en plus basses et le niveau physique des collégiens est en déliquescence. Deux heures d’E.P.S. au lycée sont bien trop peu pour développer une vraie culture sportive. Enfin, la formation sportive des enseignants est notoirement insuffisante, l’accent étant mis sur la théorie.

Dans le collège de Magali à Aix-en-Provence, il n’y a aucune structure intra-muros et les installations se trouvent à un peu plus d’un kilomètre. Les élèves peuvent pratiquer dans un gymnase de type C (multisport) et 2 dojos. Les enseignements se font à 50 % en extérieur sur un terrain synthétique et 2 city stades. Cette année comme l’année dernière, la piscine sera en travaux donc non disponible. Mais les équipements étant une denrée rare, ils doivent être partagés entre 3 ou 4 classes et les Aixois·es venu·es faire un footing, jouer au ballon ou tout simplement jouer. Et il n’est pas rare que quelques jeunes, sûrement nostalgiques de leurs années collège, viennent perturber les cours.

A.C. est professeure d’E.P.S. en lycée général et technologique ainsi qu’en lycée professionnel dans le 93. Elle nous alerte sur le fait que bien qu’ayant « récupéré » le Ministère de la Jeunesse et des Sport, c’est Jean-Michel Blanquer qui a diminué le nombre d’heures d’E.P.S. en LP. Elles sont passées de 3 heures à 2 heures 30. Les nouveaux textes « Attendus de fin de lycée » diminuent grandement la part de cette matière au Bac avec seulement 20 points. Ces barèmes sont d’ailleurs établis par chaque équipe pédagogique de chaque établissement sans être validés par le Rectorat, ce qui ne permet pas une unité nationale. Dans ce département, il y a un grand manque de structures telles que les gymnases et les piscines, ce qui ne permet pas une programmation cohérente. Les activités sont choisies par défaut selon les installations disponibles plus que dans un but pédagogique. Et en période COVID, les conditions ont été encore plus compliquées, le protocole à appliquer changeant sans arrêt. De plus, les classes de lycée sont surchargées avec des effectifs de 35, ce qui ne permet ni suivi, ni différenciation pédagogique, ni temps de pratique suffisant pour les élèves. Enfin, contrairement aux propos tenus par le Ministre, dans son lycée, rien n’est fait pour permettre un bon fonctionnement de l’Association sportive et il y a peu de liaisons avec les clubs.

La prochaine fois qu’il sera tenté par une récupération quelconque, Jean-Michel Blanquer serait bien inspiré de se renseigner avant. Nous lui conseillons également de se pencher sur la mise en place de purificateur d’air dans les classes que La France Insoumise réclame à cor et à cris depuis plus d’un an. Et si le propos de cet article était de dénoncer les conditions d’enseignement de l’E.P.S., il en est de même pour la Culture, très négligée dans tous les niveaux et d’une manière générale, de tout l’enseignement public que notre Sinistre a entrepris de saccager.

Par Sabine Cristofani-Viglione

 

 

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