France

La crise sanitaire génère une crise économique et sociale sans précédent. L'activité économique se rétracte et des milliers d'emplois disparaissent. Les jeunes sont frappés de plein fouet.

La famine s'installe et de nombreux jeunes se retrouvent à faire la queue auprès d’associations d'aide alimentaire comme le Secours Populaire, les Restos du cœur... S'il y a urgence à agir pour ne pas condamner les nouvelles générations à la pauvreté, ouvrir le droit au RSA aux moins de 25 ans, dans les circonstances actuelles, semble indispensable. Plus qu'une question de justice sociale, de lutte contre la pauvreté ou d'accès aux études, c'est aussi une mesure économique de bon sens.

Les jeunes, premières victimes de la crise

Pour bien comprendre ce qui est en jeu et l'injustice de la situation,  il est essentiel de rappeler des éléments du contexte.
Les mesures sanitaires (confinement, couvre-feu etc.) ont violemment ralenti l'activité économique.
À la fin du premier trimestre 2020, l'emploi salarié a chuté de 2,0 %, soit 502 400 destructions nettes d'emplois par rapport à la fin 2019. Le chômage (catégorie A, sans emploi) a augmenté de 7,5% en 2020, avec 265.400 inscrits supplémentaires au 4e trimestre 2020 par rapport au 4e trimestre 2019, selon les chiffres publiés le mercredi 27 janvier 2021 par la Dares (Direction de l'Animation de la Recherche, des Études et des Statistiques ).
Conséquence : la pauvreté explose. La France a franchi le cap des 10 millions de pauvres en 2020 et les choses pourraient ne pas allées en s'améliorant puisque selon Le Parisien, en cas de 3ème confinement, la perte d’activité pourrait aller jusqu’à -18%.

Cette crise vient fragiliser celles et ceux qui l'étaient déjà. Les emplois intérimaires, les CDD, les contrats de stagiaires et autres contrats précaires – qui servent de variable d’ajustement sur le marché du travail – sont ceux-là même qui disparaissent en premier. Ces emplois sont souvent pourvus par les jeunes. Chez les 15-29 ans, 38% ont des contrats précaires (contre 11% pour les 30-49 ans). Ils forment à eux seuls la moitié des précaires selon le Centre d'Observation de la Société . Ils sont donc particulièrement impactés par la baisse de l'activité.

Dans un marché du travail déjà saturé, nombre de jeunes se retrouvent sans solution

Alors que 700 000 jeunes entrent chaque année sur le marché du travail, les offres d'emplois pour les jeunes diplômés sur la période janvier-novembre 2019 ont baissé de 39% selon l'APEC. Selon Les echos, du côté des entreprises, un quart d'entre-elles auraient totalement annulé les recrutements prévus avant la crise.

Les apprenti.es et étudiant.es de la filière professionnelle sont aussi sans solution.  Le nombre de stages et alternances s'est également réduit avec une entreprise sur deux qui a décidé de décaler les recherches de profils à plus tard.

Les jeunes sont aussi les plus impactés par les règles qui définissent les montants de l'allocation chômage. Les conditions d'accès au droit au chômage, concernant essentiellement les contrats CDD courts et intérim, ont été durcies depuis le 1er Novembre 2019. Les temps partiels et les périodes sans activité, inhérents aux contrats précaires, tirent le montant de ces allocations vers le bas. Et les nouveaux arrivants sur le marché du travail ne peuvent se prévaloir de ce droit puisque n'ayant pas ou pas suffisamment cotisé.

Alors que le nombre de personnes allocataires du revenu de solidarité active a bondi à un niveau jamais atteint -la hausse représente +8,5 % en septembre par rapport à une situation sans crise sanitaire - les moins de 25 ans ne peuvent bénéficier du droit au RSA. Les jeunes travailleurs qui n'ont pas ou pas suffisamment cotisé pour bénéficier de leurs droits au chômage, se retrouvent alors sans aucun revenu. Sans oublier que ces jeunes travailleurs, laissés sans droit,   sont déjà parfois  mère et père de famille.

Des étudiant.es en grande précarité

La précarité extrême s'installe chez les étudiant.es. Il faut dire qu'avant même le début de la crise, leur situation était déjà préoccupante : le coût de la vie étudiante a augmenté de 27% en 10 ans sans que les aides ne suivent. 42% des étudiant.es  ont déjà renoncé à des soins, faute d'argent. Alors que plus de la moitié des étudiant.e.s sont contraint.e.s de travailler pour financer leurs études, la fin des petits jobs est synonyme pour beaucoup d'abandon .

Avec la crise du COVID, 36% des étudiant.es ont perdu leur emploi depuis mars, soit une perte moyenne équivalente à 274 euros / mois, selon l’observatoire de la vie étudiante.  Les demandes d'aides d'urgence auprès des CROUS (Centres Régionaux des Œuvres Universitaires et Scolaires) ont augmenté de 40% selon le syndicat étudiant UNEF. 26% des étudiant.es estimaient ne pas avoir suffisamment d'argent pour couvrir leurs besoins mensuels.
 
D'autres, au delà des difficultés financières, sont en situation de décrochage scolaire en raison de cours en distanciel qui ne sont plus tenables. Sans forcément être en possession du matériel adéquat et de parfaite connexion internet, la solitude du confinement et les cours à distance dans des logements souvent exigus, en plus du stress financier, compliquent la poursuite d'études dans de bonnes conditions.

Une jeunesse en détresse psychologique

Dans ce contexte sociale tendu, de stress financier, de confinements et couvre-feux à répétition, les psychiatres tirent la sonnette d’alarme. Les responsables d’unité psychiatriques disent être submergés. La dépression généralisée s'installe  et  les indicateurs sont au rouge : 15 millions français.es sont en dépression dont 13 millions ont des pensées suicidaires. Les jeunes sont particulièrement touchés puisque 40% des 18-24 ans rapportent des troubles anxieux. C'est 9 points de plus que la population globale.Chez les étudiant.e.s 69% seraient en situation de détresse psychologique et 22% auraient des pensées suicidaires.

Le gouvernement n'a pas pris la mesure de la situation et semble déconnecté des réalités.

Les propos du ministre de l'économie Bruno Le Maire témoignent de l’absence de prise en charge par le gouvernement de cette situation dramatique. Celui-ci justifiait en effet le refus du gouvernement d'ouvrir le droit au RSA aux moins dans 25 ans par ces mots : « Quand on a 18 ans, ce qu'on veut, c'est un travail. On veut une rémunération de son travail, on ne veut pas une allocation ». Vrai dans une période normale, mais qu’en est-il en période de crise ? Le montant du RSA pour une personne seule n'est que de 574,78 euros. C'est très peu lorsqu'il s'agit de couvrir des besoins aussi vitaux que le loyer, le chauffage, l'eau et l'alimentaire. Les jeunes préfèrent travailler et gagner correctement leur vie plutôt que de vivre dans la précarité du RSA.  Mais quelles solutions leur apporte le gouvernement s'il n' y a pas de travail ?

Concernant les étudiant.es, si certaines mesures exceptionnelles ont été prises par le gouvernement (deux repas/jour au CROUS à 1euro, aide ponctuelle en décembre de 150 euros pour les étudiant.es boursiers touchant les APL, aide de 200 euros en avril pour les étudiant.es ayant perdu  un emploi, exonération du loyer du mois d'avril dans les résidence du CROUS, chèque de soutien psychologique proposé à partir du 1er février 2021), elles sont très loin d’être suffisantes. Certaines aides ne concernent que les étudiant.es boursier.e.s, d'autres concernent seulement les étudiant.es ayant un logement CROUS. La masse des étudiant.es contraint.e.s de travailler restent sans solution, les montants des dispositifs sont dérisoires au regard de la situation.

Le gouvernement fait peser sur les familles une solidarité qui devrait être collective

En refusant d'ouvrir le droit au RSA aux moins de 25 ans et de réformer le système de bourse, le gouvernement place la jeunesse en situation de dépendance familiale. Or les parents ne sont pas toujours là. Eux aussi, subissent la crise, et certaines familles sont dans l’impossibilité d’aider leurs enfants. D'autres familles peuvent aussi parfois être en rupture avec leurs enfants.  Beaucoup de jeunes se retrouvent alors sans solution alors qu’il faut répondre à la situation matérielle, pour se loger et se nourrir.

Ouvrir le RSA au moins de 25 ans, c'est indispensable, mais c'est aussi une question de justice sociale.

Le gouvernement a choisi de confiner la population et sa jeunesse pour protéger les personnes âgées. La population et les jeunes ont été solidaires et ont respecté les mesures sanitaires.  Il faut dorénavant prendre en compte leurs besoins et leur détresse.  Pourtant, le gouvernement fait tout le contraire et annonce déjà la nécessité de rembourser la dette !. Il veut ainsi faire payer aux nouvelles générations 3 fois cette crise. Une première fois avec le confinement pour protéger les plus anciens. Une seconde fois en les condamnant à la pauvreté et aux conséquences sociales et économiques de la crise. Et une 3ème fois, puisque c’est sur eux que le gouvernement souhaite faire peser la dette contractée.

Aider financièrement la jeunesse : une mesure de relance économique efficace

Après une année de ralentissement de l'économie, le gouvernement doit prendre des mesures permettant de relancer l'activité économique. Les politiques d'allègements des cotisations patronales menées depuis plus de 30 ans, comme par exemple le CICE, ont montré leur inefficacité sur l'emploi. Depuis 2013, si les dividendes ont eux bien augmenté, le CICE n'a créé que 100 000 emplois… soit une moyenne de  900 000 euros de baisse de cotisation par emploi créé. Et la raison de cet échec est extrêmement simple à comprendre : une entreprise embauche lorsqu’elle en a besoin, lorsque son activité nécessite de nouveaux employés, c’est-à-dire lorsque son carnet de commande se remplit.

Protéger la jeunesse de l’extrême pauvreté est une mesure de bon sens économique, car la consommation des ménages est une grande partie de la demande qui alimente l’activité économique. Ouvrir le droit au RSA aux moins de 25 ans et réformer le système de bourse permet de soutenir le pouvoir d'achat des jeunes tout en déchargeant les familles de ce poids. Cet argent n'ira ni dans l'épargne, ni dans les paradis fiscaux mais directement dans la consommation et l'économie réelle. En augmentant le revenu des ménages ayant la plus forte propension à consommer, l’impact positive sur l’activité économique des entreprises est direct. Générant activité pour les entreprises, embauches et recette fiscales pour l’État. Une boucle vertueuse.

Pour toutes ces raisons, dans le contexte actuel, pour répondre à l'urgence sociale qui touche la jeunesse dans son ensemble, pour décharger les familles déjà en difficulté et parce qu'il s'agit d'une mesure de justice sociale et économique efficace, l'ouverture du RSA au moins de 25 ans est une mesure de bon sens.

Anthony Brondel

 

 

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