France

Le samedi 24 octobre, une manifestation s’est tenue pour défendre les emplois à General Electric. Deux jours plus tôt, le lanceur d’alerte Maxime Renahy appelait à mettre fin à la destruction de l’outil industriel.

« C’est décidément sans fin. Nous assistons chaque jour au dépeçage en règle, d’un coin à l’autre de l’hexagone, de l’emploi industriel de proximité au profit de conglomérats mondiaux, généralement américains. Ceux-ci délocalisent postes de travail et bénéfices, passant par une cascade de paradis fiscaux pour défiscaliser grâce à des montages opaques, et ainsi décupler les dividendes. » dénoncent plus de soixante personnalités, dont les députés de la France insoumise, des députés communistes, UDI, des anciens ministres socialistes. L’appel de Belfort, publié dans Bastamag, a été rédigé par le lanceur d’alerte Maxime Renahy, spécialiste de l’évasion fiscale des multinationales que le Journal de l’insoumission a déjà interrogé.

Maxime Renahy pointe « un pilotage au plus haut niveau, incluant l’exécutif des entreprises, la haute fonction publique et des politiques au pouvoir. » Et de citer Verallia, « l’ancien pôle verre de Saint-Gobain, qui a fait remonter en décembre dernier 559 millions d’euros de profits vers son actionnaire majoritaire le fonds d’investissement Apollo, basé aux îles Caïmans », et qui en août 2020 « annonçait le licenciement de 198 salariés, et la fermeture du four de production à Cognac, et en même temps, distribuait 100 millions d’euros de dividendes. »

Dans son texte, M. Renahy dénonce surtout la « vaste braderie aux actifs stratégiques de la France » en citant « le cas de General Electric Belfort  ancien site d’Alstom, spécialisé dans les centrales électriques (nucléaire, charbon, gaz) et la fabrication de turbines à gaz, turbines à vapeur, alternateurs ». Le Journal de l’insoumission suit ce dossier avec attention. La vente de ce fleuron industriel « n’a pu se réaliser sans le laisser-faire actif et complice de l’Europe, de Bercy, de certains hauts dirigeants politiques et des dirigeants d’Alstom » affirme le lanceur d’alerte.
Or malgré la promesse de General Electric (GE) de créer 1000 emplois à Belfort, l’entreprise en a supprimé plus de 1000, et compte en délocaliser 100 de Belfort vers d’autres pays. L’entreprise a annoncé des plans de licenciement dans plusieurs filières, le ministre de l’économie Bruno Le Maire dénonçant même un plan social « d’aubaine », c’est-à-dire profitant de la crise sanitaire pour licencier. C’est la raison pour laquelle l’intersyndicale de GE et les élus locaux appelaient à la mobilisation le samedi 24 octobre dans les rues de Belfort. Dans une pétition en ligne lancée par Muriel Ternant, secrétaire départementale PCF du Territoire de Belfort, il est rappelé « après les 485 suppressions d’emplois programmées dans l’entité gaz en octobre 2019, dont la mise en œuvre n’est pas encore achevée, ce sont 707 nouvelles suppressions d’emplois qui sont annoncées dans les énergies renouvelables, 89 dans l’entité Hydro et 618 dans l’entité Grid Réseaux. D’autres plans moins médiatiques ont supprimé dans la période récente 107 emplois dans les services informatiques, 200 emplois dans l’entité Steam [nucléaire] sous forme de départs volontaires, 200 emplois dans les fonctions support. La fin de la production des centrales à charbon entraînera par ailleurs d’autres fermetures de sites et des suppressions d’emploi. » Les sites de Belfort, Villeurbanne, Massy, La Courneuve, Bourogne, Chonas, Saint-Priest, Aix-les-Bains, Champigneulles, Boulogne, Montpellier, Nantes, Grenoble seront atteints. A Belfort, 89 emplois seraient concernés.
1000 personnes environ se sont donc mobilisées pour cette troisième manifestation à l’appel des salariés pour défendre l’outil industriel. Manuel Bompard, député européen de la France insoumise a expliqué sa présence à la manifestation. « C’est important d’être présent aux côtés des salariés de GE car c’est une lutte emblématique. D’autant plus au moment où tout le monde parle de la nécessité de relocaliser l’activité économique et en partie les activités industrielles. Or avant de relocaliser, il faut commencer par arrêter de délocaliser et de supprimer des industries. Surtout, les salariés de GE sont victimes d’un groupe qui a des pratiques de voyous en ne respectant aucun des engagement que ses dirigeants ont pris au moment du rachat de la branche énergie d’Alstom et en ayant un recours massif à l’évasion fiscale. »
Dans une vidéo publiée sur Facebook, Manuel Bompard souligne que General Electric « a mis en place un grand plan d’évasion fiscale » parce que « l’essentiel des bénéfices et l’essentiel des impôts sont payés en Suisse » grâce à une holding. Interrogé, Maxime Renahy confirme : « Je vais sortir une enquête sur les prix de transfert concernant GE Belfort. »
La casse sociale de ces derniers mois est vaste : Bridgestone, Essilor, Saint Louis, Renault, Aerospace, Schneider, Airbus, Boiron, Siemens, etc. La liste est encore longue. « Après Alstom, Alcatel-Lucent, Technip, Lafarge, quel sera le prochain fleuron industriel français sur la liste ? » écrit M. Renahy dans son appel. « On n’a plus rien à attendre des gouvernements. On veut que l’outil industriel soit défendu » nous dit-il. Avec des personnalités politique mais aussi des experts, des polytechniciens (dont certains sont signataires de l’appel), il fera prochainement des propositions pour construire « un projet de préservation de reprise industriel qui soit sérieux, crédible »  pour garantir « la défense d’une la souveraineté économique ».
Quant aux bruits de rachat de la branche énergie par un consortium alliant EDF, des investisseurs institutionnels, organisé par le gouvernement et Frédéric Pierucci, l’ancien cadre d’Alstom, - détenu plusieurs années aux Etats-Unis et « otage » contre son gré dans une procédure judiciaire ayant mené à la vente d’Alstom à General Electric – chacun suit l’affaire avec intérêt et prudence. M. Macron, comme secrétaire général de l’Elysée puis ministre de l’économie, a tout de même organisé la cession de la branche énergie d’Alstom à General Electric. Son conseiller, Hugh Bailey, est devenu dans la foulée directeur général de General Electric France.
Et Manuel Bompard de conclure : « Les activités du groupe sont indispensables à la transition énergétique que nous appelons de nos vœux. Il est donc déterminant que la France conserve la maîtrise d’un tel outil industriel. »

Vivien Rebière

 

 

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