France

Soutenues par la CGT dès les premières heures du conflit, reçues par Manuel Bompard et Gabriel Amard dans le cadre de la campagne présidentielle, mises à l'honneur pour l'exemplarité de leur lutte à Dijon le 18 avril dernier au meeting de jean-luc Melenchon les personnels soignantes des Opalines se sont battues de façon exceptionnelle et courageuse.

Présent pour notre rédaction Alexis David revient sur la journée du 25 juillet.

Le 19 juillet 2017, le député FI François Ruffin interpellait le gouvernement à l'Assemblée Nationale. À Foucherans (Jura), « les Opalines » sont en grève depuis le 3 avril 2017. À cette occasion, François Ruffin proposait à la majorité de venir voir la situation sur place, symbole d'un système de santé en décadence et plus particulièrement de l'accompagnement des personnes âgées dépendantes. Ce mardi 25 juillet, François Ruffin accompagné de Caroline Fiat, députée France Insoumise et aide-soignante de profession, organisaient donc une « commission d'enquête parlementaire » sur le terrain. À la rencontre de ces Opalines.

Arrivé-e-s à 10h, François Ruffin et Caroline Fiat ne sont finalement que tous les deux. Ils avaient espéré quelques temps être accompagné-e-s par des parlementaires « En Marche ». Une députée, interpellée par Ruffin à l'Assemblée, avait d'abord répondu positivement. Deux autres député-e-s auraient portés la délégation à 5 mais les rappels à l'ordre ont du tomber de la part de l'Elysée. Aucun-e député-e « En Marche » ne se déplacera.

Comme chaque jour devant l'entrée de l'établissement, il y a du monde pour soutenir les résistant-e-s. Une tonnelle se dresse à l'entrée pour protéger la table sur laquelle les soutiens déposent le café et les victuailles qui viendront réchauffer un peu le cœur des grévistes. Des résident-e-s ou des parents de celles et ceux-ci, des militant-e-s syndicaux et politiques sont présent-e-s. La grève est dure et longue. Certaines ont déjà abandonné, non pas en retournant travailler, mais en démissionnant de l'EHPAD qui les a parfois dégoûtées de cette profession. Mais elles sont toujours là.

Les Opalines, dans la périphérie de Dole, c'est un Établissement Hospitalier pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD). Il s'agit d'une structure privée du groupe SGMR, bénéficiant de dotations publiques.

Comme dans beaucoup d'autres structures similaires en France, les conditions de travail des salarié-e-s se sont honteusement dégradées ces dernières années.

Une centaine de résident-e-s sont pris en charge par une équipe d'à peine plus de 50 professionnels. Pour comparaison, en Allemagne, si souvent prise en modèle, les établissements de ce genre proposent en moyenne 80 professionnels pour le même nombre de résident-e-s. Dans les pays du nord de l'Europe, on approche le rapport de 1 professionnel pour 1 résident.

En sous-effectif donc (avec 5 postes de moins que ce que les dotations permettent pourtant d'avoir), les soignantes ont le sentiment de travailler à la chaîne. Les absentes ne sont pas remplacées et les paies sont bien trop maigres. En fait, les résident-e-s sont traité-e-s comme des client-e-s dont on ne se préoccupe même pas de leur satisfaction. Sans parler de bien-être. La fonction d'un tel établissement est pourtant au cœur de l'Humain.

Anne-Sophie Pelletier, la porte-parole, témoigne : « On ne les met pas au lit, on les jette car nous n'avons que 3 min 41 pour coucher chaque résident-e ».

Aide-soignant ça consiste à prendre soin de ses patients. Dans tous les sens du terme. Ils et elles n'en ont pas le temps. Pas même le temps pour les discussions.

Alertée depuis de nombreux mois, la direction ne fait rien, ou trop peu. Une gréviste raconte d'ailleurs que celle-ci prend désormais bien soin de ne plus leur adresser la parole. « Ils ne passent plus par l'entrée principale pour éviter de croiser nos regards ». Le groupe SGMR fait la sourde oreille à toutes les demandes. Il faut dire aussi qu'ils ont des raisons de culpabiliser. Il y a plusieurs mois, avant le début de la grève, une salariée qui souhaitait se syndiquer avait été licenciée. Il n'existait d'ailleurs pas de section syndicale dans l'entreprise.

Ce mardi 25 juillet, Caroline Fiat et François Ruffin ont pu discuter deux heures avec les salarié-e-s, résident-e-s et familles qui étaient présent-e-s. Ils ont ensuite demandé à rencontrer la direction de l'établissement.

Victoire pour les Opalines !

Après 117 jours de grève, le record dans ce secteur professionnel, un protocole d'accord a été signé jeudi 27 juillet. Nul doute que ce sont la mobilisation sans faille et la solidarité des salarié-e-s résistant-e-s qui a porté ses fruits. Il faut saluer aussi l'intervention de François Ruffin à l'Assemblée, appuyé par un article courageux de Florence Aubenas paru dans Le Monde (19/07). L'accélération de ces derniers jours est la conséquence de cette mise en lumière inespérée mais primordiale.

La direction accepte enfin de créer deux postes de soignant-e-s supplémentaires, une prime et l'attribution de trois semaines de congés payés supplémentaires cette année leur sont accordées, ainsi que la mise en place d'un « observatoire du bien-être des personnels ». Au delà de ces victoires, une section syndicale va être créée dans l'entreprise pour la première fois.

Surtout, ce dur et long combat aura permis de faire la triste publicité des conditions de travail des personnels soignants ainsi que la « maltraitance institutionnelle » qui existe dans ce genre d'établissements. Ils et elles sont des milliers à n'en plus pouvoir à travers la France, à se sentir impuissant face à la dérive de notre société. Face aux pouvoirs de l'argent plus puissants que le respect de l'être humain.

Article rédigé par Alexis David.

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