France

Le 12 mars dernier, après l’allocution d’Emmanuel Macron, les français.es, abasourdi.es, découvrent l’ampleur de la catastrophe sanitaire à venir. On avait bien entendu ici et là, des soignant.es nous alerter sur la situation à Mulhouse ou Colmar.

On avait bien entendu ici et là, des témoignages de personnes touchées par le virus. Certain.es même en mourraient, mais des personnes fragiles et âgées, nous disait-on. On observait du coin de l’œil la situation en Chine, puis en Italie, mais notre arrogance nous faisait croire, que nous, français.es, saurions gérer et nous protéger de cette crise sanitaire sans précédent depuis plus d’un siècle. A l’image du nuage Tchernobyl qui n’aurait jamais traversé la frontière.

Le 12 mars, nos illusions et l’image d’Epinal de notre Etat dit providence s’effondrent. Les français.es découvrent la déliquescence de notre système de santé qui depuis plus de 30 ans subit les attaques répétées et méthodiques du dogme libéral. L’hôpital public liquidé au nom de la sacrosainte lutte contre la dépense publique. L’hôpital public auquel on a appliqué les préceptes de la gestion d’entreprise : rentabilité, gestion en flux tendus. Et pourtant, les cris d’alarme ont été nombreux ces dernières années. Les blouses blanches sont mobilisées depuis plus d’un an. En janvier dernier, plus de 1200 médecins et chefs de service hospitaliers démissionnent de leurs fonctions administratives pour réclamer des moyens pour l’hôpital public. Un an de mobilisation, et quelle réponse du gouvernement ? Aucune, si ce n’est la lacrymogène. En décembre dernier, on pouvait lire sur une pancarte de blouses blanches : « L’Etat compte les sous, bientôt, on comptera nos morts ». On y est.

Car oui, pour ces apprentis sorciers adorateurs du libéralisme économique, la dépense publique, c’est mal. Enfin pas toujours. Pas quand il s’agit de voter le CICE, pas quand il s’agit de supprimer l’ISF, pas quand il s’agit de voter des exonérations fiscales et allègements de charges. L’Etat compte donc les sous, mais apparemment, ce 12 mars, E. Macron a eu une illumination, en témoigne cet extrait de son intervention :

« Ce que révèle d'ores et déjà cette pandémie, c'est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c'est qu'il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché. »

La crise sanitaire aurait-elle fait comprendre à nos dirigeants politiques l’impasse dans laquelle nous plonge le libéralisme ? Comme toujours, les mots s’envolent, les actes restent. Et ce dimanche 22 mars, après quelques jours de débat dans un climat confiné et pesant, la loi état d’urgence sanitaire a été adoptée par 510 voix pour, 37 voix contre dont les 17 député.es insoumis.es et 28 abstention. Au programme :

  • Création d'un nouvel état d'exception pendant lequel le gouvernement accroit ses pouvoirs de police, avec restrictions des pouvoirs de contrôle du Parlement par rapport à l'état d'urgence issu de la loi de 1955.
  • Adoption par voie d'ordonnance et donc sans contrôle, ni débat au Parlement, de mesures d'urgence économiques et sociales qui sont essentiellement dirigées vers les entreprises et qui remettent en cause le droit du travail (possibilité pour l'employeur de modifier les congés, RTT, repos, durée du temps de travail...).
  • Rien sur la sécurité sanitaire des salarié.es durant cette période, à part une prime de 1000 euros.... Une vie pour 1000 euros.
  • Rien sur les refus de prise en charge par l’Etat du chômage partiel que reçoivent des chefs d’entreprises souhaitant mettre à l’abri leurs salarié.es.
  • Rien sur le rétablissement de l’ISF pour participer à l’effort national.

La solidarité nationale, oui, l’unité nationale, oui. Mais sur le dos des salarié.es. La remise en cause idéologique du gouvernement, si elle a existé, n’aura donc pas duré longtemps. « En même temps », comment pourrait-on croire une seule seconde que ceux-là même qui nous ont mis dans cette situation, pourraient nous en sortir ?

Il y aura un avant et un après, entend-on. Mais cet après a déjà commencé. Seul le gouvernement, englué dans les vieux réflexes de défense de sa caste et de l’oligarchie, se refuse à prendre le tournant historique qui se profile. Un tournant historique pour se tirer d’affaire, aujourd’hui.

Oui, dans nos têtes et nos corps, cet après a déjà commencé. Par les systèmes de solidarité et d’auto-organisation qui se constituent dans nos villes, dans nos quartiers. Par ces applaudissements, tous les soirs à 20h, de ceux qui ne sont rien et qui doivent beaucoup à ces héros anonymes : nos soignant.es, nos caissières, éboueurs, routiers, facteurs…. Par la prise de conscience collective du caractère mortifère d’un système où le chacun.e pour soi domine l’intérêt général, où la solidarité est sacrifiée sur l’autel de la recherche du profit individuel. La crise sanitaire que nous traversons, outre le fait d’être un phénomène biologique, est un phénomène social qui met en exergue les dérives du vieux monde. Celui de la surproduction et de la surconsommation, celui de la maximisation des profits et du toujours plus, celui de la mondialisation et de la perte de souveraineté pour les Etats et les peuples.

Face à cette pandémie, c’est un changement de paradigme qu’il faut opérer. Plutôt que l’état d’urgence sanitaire du gouvernement qui réduit encore un peu plus les pouvoirs de la représentation nationale, plutôt que les mesures d’urgence économiques et sociales qui n’ont comme seul compas que la défense des intérêts de quelques un.es, une autre voie est possible. Elle est même vitale.

Les responsables politiques de notre pays, ont le devoir d’accompagner ce changement d’orientation. La France insoumise, dans son travail d’opposition et de proposition d’une alternative, a dévoilé son plan pour 11 mesures d’urgence :

  • Urgence santé, par le déblocage des fonds réclamés depuis des années par les soignant.es
  • Urgence protection, pour équiper tous les professionnels de matériels de protection
  • Urgence précarité, pour assurer l’accès pour tous et toutes aux ressources vitales et de première nécessité (eau, électricité, téléphone…)
  • Urgence salaires, pour garantir le maintien des revenus
  • Urgence chômage, pour garantir la continuité des allocations
  • Urgence maintien des droits menacés, notamment pour les femmes et les enfants, particulièrement vulnérables dans ce contexte de confinement face aux violences familiales
  • Urgence réquisition, afin d’utiliser les ressources disponibles pour l’effort collectif
  • Urgence culture, pour s’informer et se cultiver depuis sa zone de confinement et garantir aux professionnels de la culture et des métiers d’art leur survie
  • Urgence scolarité, pour lutter contre les inégalités sociales
  • Urgence justice et prison, pour protéger les personnes d’un risque sanitaire élevé dans les structures de privation de liberté ou au cours d’audiences
  • Urgence spéculation, pour lutter contre celles et ceux qui pourraient profiter de la situation

11 mesures pour faire face à la catastrophe sanitaire que nous vivons, 11 mesures pour accomplir le tournant historique que nos concitoyen.nes ont déjà amorcé de leur côté.

Alors face aux propos d’Emmanuel Macron du 12 mars, contredits par le contenu de la loi état d’urgence sanitaire, deux hypothèses : soit cet homme souffre de trouble dissociatif de l'identité, soit il applique la stratégie du choc profitant d’une crise sanitaire sans précédent depuis plus d’un siècle, profitant d'une population qui, la peur au ventre, se confine ou se sacrifie pour venir en aide aux autres.

Nul besoin de traverser la route pour comprendre, Emmanuel Macron et son gouvernement continuent, pierre après pierre, de bâtir leur monde. Celui du tout pour quelques un.es, et du rien pour le plus grand nombre. Celui de la course folle vers l’effondrement, quel qu’il soit : climatique, économique, sanitaire ou social. Keynes, qui malgré ses préceptes interventionnistes était libéral, avait cette petite phrase qui en dit long sur l’horizon d’intérêt du capitalisme libéral : « à long terme, nous serons tous morts ». Aujourd’hui, c’est à court terme.

L’urgence sanitaire nous oblige. Tous et toutes ensemble devons faire le choix de tirer les leçons de l’histoire. Et cette histoire nous révèle les erreurs et errements politiques d’une façon de vivre. En 2020, nous avons une Révolution à accomplir et elle a commencé.

Séverine Véziès

 

 

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