France

« On n'utilise pas le mot sélection, c'est un mot qui divise en France. C'est beaucoup plus intéressant de parler d'orientation réussie ». C'est ce qu'expliquait le Ministre de l’Education Nationale, Jean-Michel Blanquer, sur Europe 1, le Lundi 15 Janvier 2018. Les chiffres montrent aujourd’hui le ridicule de tels propos.

Si parfois les chiffres peuvent mentir, les ministres le peuvent aussi …

Paroursup c’est 887 681 candidats qui avaient formulé au moins un vœu d’orientation lors de la première étape, achevée le 13 mars : soit 34 419 de plus que l’an dernier.

Premier hic, si on songe sans sourire à la Ministre Vidal qui claironnait alors que 19 000 places supplémentaires avaient « été d’ores et déjà financées » dans l’enseignement supérieur.
Mais ce n’est qu’un détail, quand on observe aujourd’hui, l’étendue du désastre :
Finalement, sur les 812 056 candidats qui ont confirmé leur inscription sur la plateforme, soit 6,3 millions de vœux, 393.000 candidats se sont retrouvés sans aucune affection le 22 mai.
375.500 le lendemain matin, grâce aux premiers désistements.
353 682 Jeudi 24
326 035 Samedi 26
311 452 Dimanche 27
Le ministère, toujours très optimiste, il misait sur 270 000 non-affectations ou absences de proposition en première phase. C’est effectivement la tendance : est-ce cela une « orientation réussie » ?

L’autre vision de l’égalité des chances : un marasme généralisé, pour les uns …

A 48 heures de la clôture de la seconde phase, on en est donc à seulement 40 % des inscrits initiaux, ayant reçu au moins une proposition d'admission dans l'enseignement supérieur.
Et seuls 15,5% d’entre eux ont validé une proposition !
Quand on pense que Frédérique Vidal affirmait début Janvier « L'université va dire oui à tout le monde. », on se retient d’éclater de rire … ou de colère !
« Le vrai problème, c'est le manque de places à l'université", réagit le Snesup-FSU, syndicat majoritaire du supérieur. Ce qui fait que d’ores et déjà 30 093 candidats se sont vus opposer un refus à tous leurs souhaits.
D’autant plus qu’il ne faudrait pas croire que les 137 727 « candidats ayant déjà accepté définitivement une proposition » sont pour autant satisfaits !
"Comme les vœux ne sont plus hiérarchisés, rien ne garantit que les candidats obtenant un « OUI » soient vraiment satisfaits", pointe l'Union Nationale Lycéenne.
Ce qui expliquerait qu’il reste encore 357 028 « candidats ayant reçu au moins une proposition et ne l’ayant pas encore acceptée ». Pourquoi attendre, s’ils n’étaient pas toujours en attente de LA proposition qu’ils espèrent ? Pourtant la propagande gouvernementale les compte dans la colonne « DEMANDE SATISFAITE » !

… et davantage d’inégalités pour les autres !

Un an auparavant, l’annonce de la présence de 156.000 élèves encore sur liste d’attente avait suscité beaucoup de réaction. Et dire que Parcoursup était présenté comme une solution à APB, on peut légitimement se demander ce que ce gouvernement cherche à solutionner : la pénurie de place ou la présence trop importante à son goût des classes populaires dans l’enseignement supérieur.

"Au-delà de la moyenne nationale, nous observons de très fortes inégalités selon les académies, les établissements et les filières de bac", dénonce SUD Éducation.
Les premières analyses sociologiques ont mis en évidence des mécanismes d’auto-élimination et d’autocensure, notamment chez les filles et les élèves issus de milieux populaires. Lettres de motivation, limitation à 10 choix possibles, revenus des parents, fiche avenir, sectorisation, absence de hiérarchisation des vœux, CV : Autant de critères ségrégant. Résultat, les sociologues Milan Bouchet-Vala et Marie-Paule Couto ont ainsi observé qu’avec Parcoursup, il y a moins de vœux formulés dans les licences des universités publiques, et plus de vœux dans les filières sélectives, type BTS, notamment dans des académies comme Créteil, où les élèves sont plus défavorisés.

L’année dernière, en fin de procédure APB, 8 000 élèves n’avaient pas été affectées en septembre, dont une majorité de bacheliers technologiques et professionnels. Cette année, on a 48 000 bacheliers supplémentaires et d’ores et déjà plus de 30 000 refusés !
Qui n’arrivent toujours pas à « penser printemps, les amis … ».

Bruno Isselin