Europe

L’énergie constitue désormais un marché comme un autre, où les prix sont fixés par la « main invisible ». L’objectif pour la Commission européenne : mettre fin aux différents monopoles publics et ouvrir ces nouveaux « marchés » au secteur privé. Pourtant, les prix ne cessent d’augmenter, et la transition énergétique semble mal engagée…

Depuis le 1er juillet 2007 et l’ouverture à la "concurrence" du marché de l’énergie en France (en application des directives européennes de 1996 sur l’électricité et de 1998 sur le gaz), on ne constate pas de réelle baisse des prix pour les consommateurs. Plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, il n’existe pas à l’heure actuelle de technique de stockage de l’électricité. La contrainte sur les réseaux et des infrastructures est élevée. Elle est renforcée par le centralisme énergétique où quelques grosses centrales nucléaires fournissent toute la France en électricité.

Surtout, l’arrivée de nouveaux opérateurs sur le marché n’a pas eu d’effets positifs sur les prix. Le tarif réglementé augmente constamment depuis 2007 alors qu’il avait une tendance structurelle à la baisse. La cause ? L’augmentation rapide des différentes taxes et contributions. Ces dernières, qui représentent 36% du tarif réglementé hors TVA, ont augmenté entre 2012 et 2016 de plus de 40 %. Il en va de même pour le gaz, où les taxes représentent aujourd’hui 39% du prix hors taxe, contre 19% en 2010. L’une d’elles, la Taxe Intérieur de Consommation sur le Gaz Naturel (TICGN) a augmenté de… 610% depuis 2014.

Les concurrents d'EDF et d'Engie (ex-GDF Suez) ne sont pas soumis au tarif réglementé mais pratiquent des tarifs similaires (parfois plus faibles), tandis qi'il arrive que leurs pratiques soient abusives. Il existe aujourd’hui 21 fournisseurs d’électricité et/ou de gaz naturel en France, qui représente 15% des fournisseurs d’électricité et 25% des fournisseurs de gaz à destination des foyers. En réalité, on constate la constitution d’un oligopole de l’énergie en Europe dominé par une dizaine de sociétés. De ce fait, la concurrence « libre et non faussée » apparaît bien illusoire, tandis que les risques d’ententes sur les prix sont eux bien réels. Enfin, dans le cas français, les « coûts cachés » de l’énergie nucléaire pèsent fortement sur le prix de l’électricité. Ainsi, la France, loin d’une électricité compétitive grâce au nucléaire, fait partie des pays européens où cette énergie est la plus chère. Au contraire en Finlande, au Luxembourg, en Suède ou aux Pays-Bas, la facture du kilowatt est moins élevée qu’en France. Le projet d’un découpage d’EDF en deux branches avec une holding publique chapeautant le tout (de la même manière que la SNCF) vise avant tout à préserver la branche nucléaire et à perpétuer son rôle central dans la politique énergétique française. La sortie du nucléaire, ce n’est donc pas pour tout de suite...

Une privatisation des barrages français ?

Une autre menace arrive : la privatisation des barrages. Une mise en demeure de l’Union européenne concernant l’exploitation des barrages a été adressée à la France en octobre 2015. EDF détient 80 % des concessions hydroélectriques et produit 66 % de l’énergie hydraulique. Pour l’UE c’est un abus de position dominante. Pour d’autres, c’est la définition d’un service public. Les concessions ont été pour la plupart attribuées pour une durée de 75 ans. 150 concessions, soit 25 % de la production d’hydroélectricité en France, seront arrivées à échéance en 2023. L’UE souhaite installer des monopoles privés sans réelle mise en concurrence. De nombreuses multinationales se lèchent les babines : Eon, Vattenfall, Total, Enel...

L’État risque de perdre sa souveraineté énergétique et la maîtrise de la production, puisqu’il détient EDF à hauteur de 80%. la concession à des entreprises privées risque de mettre en danger les installations. Un opérateur privé, motivé par la rentabilité, pourrait conduire à des velléités d'économies sur la maintenance. Et rien ne prouve que ces concessions conduiront à faire baisser les prix.

Victor Audubert