L' entretien

Laurence Dudek est psychothérapeute, praticienne en programmation neuro-linguistique (PNL) et en hypnose Ericksonienne et psychopédagogue. Elle est l'auteure de « Parents bienveillants enfant éveillés, les 10 clés de l'Education Efficace » paru aux éditions First.

Maryline Mélenchon : Laurence Dudek après 20 ans de travail sur les questions d’éducation, qu’est-ce qui vous a décidé à écrire ce livre?

Laurence Dudek : Partout où je vais, peut être est-ce par « déformation professionnelle », je me trouve en situation d’observer de la violence éducative, souvent inconsciente et le plus souvent niée, et de constater des résultats déplorables en termes d’efficacité pédagogique. Ainsi, les adultes passent beaucoup de temps à se plaindre de ce que les enfants « n'apprennent pas bien», « n’écoutent pas », « s’en fichent », « sont lents, distraits, paresseux, hyperactif… », etc.) comme si c’était endogène, comme si la nature même des enfants était de rechigner, alors que leur cerveau est programmé pour apprendre : ils ne font que ça, du matin au soir et même quand ils dorment.

L’ampleur des besoins en psychopédagogie est immense et l’évolution en la matière est très lente : les contenus des apprentissages évoluent mais les méthodes éducatives semblent immuables. C’est pourquoi, en parallèle de mes consultations, j’ai créé un atelier d’éducation populaire destiné aux parents et aux enseignants désireux d’améliorer leur efficacité éducative, puis une page sur fb où j’écris des articles qui servent de base à des échanges thématiques. Avec 23 000 abonné(e)s, cette page est rapidement devenue un espace de « consultation publique » où mes réponses à l’un(e) profitent potentiellement à tou(te)s. Progressivement les questions se sont multipliées et répétées sous des formes différentes et je passais de plus en plus de temps à dire aux gens « allez voir sur la page à tel endroit, cette question a déjà été posée… » et surtout je n’arrivais plus à répondre à tout le monde. J’ai donc décidé de promouvoir ma méthode de la manière la plus exhaustive, sous la forme didactique d’un « manuel » qui permette à tous (parents et enseignants) de comprendre et d’apprendre l’Education Efficace. En filigrane de cette démarche, il y a un engagement citoyen : lutter contre la domination adulte et pour l’égalité en éducation est un combat politique. Selon moi le seul moyen de changer un monde en ébullition de sa propre violence.

MM: Vous nous proposez une méthode en 10 clés, 10 clés ça suffit pour une éducation efficace?

LD : Ces dix clés ouvrent des portes derrière lesquelles on trouve le « quoi faire » et le « comment faire » pour mettre en œuvre une éducation qui, quoi qu’il arrive, ne recourt pas à des violences dites éducatives (châtiments corporels, punitions, critiques, reproches, insultes, chantage, culpabilisation, menaces, manipulation, séquestration…). La plupart des adultes qui réfléchissent à l’éducation sont le plus souvent convaincus de la toxicité de ces violences : ils en constatent les effets néfastes sur les enfants et ils en ont expérimenté les limites. Des auteures à grand succès comme Catherine Gueguen ou Isabelle Filliozat (pour ne citer que les plus récentes) l’ont par ailleurs déjà fort bien argumenté et démontré. Pourtant, parents et enseignants se sentent souvent démunis pour mettre en pratique les théories de la bienveillance et, faute de savoir-faire, recourent à la domination pour tenter d’obtenir par la force ce qu’ils ne savent pas obtenir par l’apprentissage. Or, le cerveau humain choisit toujours le meilleur « rapport qualité/prix » au plan cognitif ; cela signifie que si on veut faire cesser la violence éducative et ses nuisances il convient de donner aux adultes la possibilité d’obtenir mieux autrement. Les dix clés de l’Education Efficace répondent à cet objectif, en associant des connaissances théoriques (savoir), techniques (savoir-faire) et des compétences comportementales (savoir-être), dans une démarche d’application qui s’adapte au contexte dans lequel on l’utilise, en tenant compte de la diversité des configurations sociales, familiales, culturelles, etc.

MM: Selon vous, si on applique l'éducation efficace à une génération, à quoi ressemblerait le monde de demain?

LD : Nous avons déjà une idée de ce que produit l’interdiction légale des violences corporelles associée à l’abolition des violences éducatives à l’école. En Suède, ou cette politique globale a commencé en 1979, on note un impact statistique (qui va de divisé par 10 à divisé par 3) sur les infanticides, les violences conjugales, la délinquance, la toxicomanie, l’alcoolisme, la santé (les travaux de Muriel Salmona sur le lien entre violence et santé physique sont édifiants). Je crois pour ma part que si on appliquait les principes de l’Education Efficace pour tous on placerait l’empathie et le respect du vivant comme des valeurs dominantes dans le système qui régit nos fonctionnements collectifs et on éliminerait du champ politique la jouissance d’exercer du pouvoir sur l’autre au-delà de toute considération de la souffrance qu’on lui inflige, en se persuadant qu’on sait mieux que lui, qu’on a plus de valeur que lui, qu’on a des droits sur lui et qu’il n’est pas assez méritant pour bénéficier des droits qu’on s’accorde à soi-même par autorité. Décider d’arrêter de punir les enfants et de les contraindre, c’est libérer l’intelligence, c’est s’autoriser à être créatif et conscient, à partager le savoir, à élever, à révéler l’excellence qui est en chacun de nous… C’est un bienfait pour tous et c’est changer le monde.