L' entretien

Entretien avec Loic Prudhomme, député insoumis de Gironde.

Alain Bousquet : « Bonjour Loïc, tu contestes dans une tribune l'efficacité annoncée de la limitation de vitesse à 8Okm/h , le motard qui sommeille en toi ferait il l'éloge de la grande vitesse ? Voir tribune.

Loïc Prud’homme : « Pas du tout, c'est même exactement l'inverse. Je défends une politique de mobilité douce et écologiquement responsable sur l'ensemble du territoire.

Ce que je conteste c'est la duperie intellectuelle de cette mesure. Un accident est toujours multifactoriel. En se focalisant sur la vitesse le gouvernement élude la question de l’état du réseau secondaire, et de sa capacité à supporter un trafic en hausse constante. Cette mesure ne baissera pas le nombre de tués. Le véritable but, inavoué, est de remonter la rentabilité des radars automatiques.

AB : Cette mesure est selon toi non seulement inefficace mais aussi injuste. Pourquoi?

LP : Le coût du logement est de plus en plus élevé. Habiter la ville où les banlieues proches est devenu presque impossible pour les classes populaires qui se voient contraintes d'habiter à 20, 30 ou 50 km de leur lieu de travail.
Obligées de prendre leur voiture, sur des routes moins bien entretenues, dangereuses, ce sont d'abord des personnes qui, inquiètes de ne pas être à l'heure pour l'embauche se feront « pincer » les premières par un radar savamment posé et qui sanctionnera le tout petit excès de vitesse.

AB : Il ne faut rien faire?

LP : Bien sûr que si!
Il y a même tout à faire!
Pour faire baisser les accidents, il est au contraire urgent de diminuer massivement le trafic routier et d’investir dans les mobilités douces et alternatives au transport individuel. Au passage la pollution de l’air diminuera.
Il faut favoriser le report modal en zone urbaine tram-train-vélo.
Enfin promouvoir le train sur tous les territoires, re-ouvrir des gares et des lignes, rendre le déplacement sans voiture possible et financièrement compétitif doit être un chantier prioritaire pour la France. Il faut nationaliser les autoroutes et réinvestir leur gain dans le réseau secondaire. Moins de dividendes pour les actionnaires c'est moins de morts à terme et des routes plus sûres!
Enfin, éduquer et former, dès l'école primaire puis au collège doit être une priorité, notre pays doit inventer une formation continue et gratuites des conducteurs. Et pourquoi ne pas remettre en place les programmes d’expertise des accidents mortels (programme REAGIR, stoppé en 2004) basés sur un travail conjoint des associations et des services de l’État ?