Climat à la loupe

En effet, 97,4 % des réserves mondiales d’eau se présentent sous cette forme. Les océans ne seraient-ils donc que le vaste réservoir d’une ressource vitale ne demandant qu’à être rendue consommable ?
En 1995, les réserves d’eau douce dans le monde étaient, en moyenne, de 15 millions de litres par habitant. En 2010 elles n’étaient plus que de 6,6 millions de litres. Les estimations pour 2025 donnent le chiffre de 4,8 millions de litres. Des calculs ont évalué, que rien qu’avec la croissance démographique, l’augmentation des besoins en eau s’élèverait, pour la planète, à 2 millions de litres supplémentaires chaque seconde.

A cela s’ajoute une répartition très inégale de ces réserves :

  • L’Asie possède 30 % des réserves d’eau douce, pour 60 % de la population mondiale,
  • L’Amazonie possède 15 % des réserves, pour 0,3 % de la population mondiale.

Cette situation crée des tensions entre pays limitrophes. C’est d’ores et déjà le cas entre :

  • L’Inde et le Bengladesh,
  • La Turquie et l’Irak,
  • L’Ethiopie et l’Egypte,
  • Israël et les Palestiniens.

Dans un certain nombre de cas, la solution a été d’exploiter l’eau salée des océans pour la rendre propre à la consommation. Avec, là aussi, de grandes inégalités : Pour quelques pays, comme le Japon ou l’Australie, dont 100 % des frontières sont maritimes, d’autres ne bénéficient que d’un accès très réduit à la mer : c’est le cas de l’Irak, avec moins de 1,6 % de frontières maritimes. Mais surtout, 46 des 197 pays du globe, n’ont aucun accès à la mer. Soit un peu moins d’un quart.

Cependant ce sont bien 95 milliards de litres d’eau douce qui sont ainsi produits chaque jour dans le monde. Des Maldives à Singapour, une dizaine d’Etats ont davantage recours à de l’eau sortie d’usine qu’à de l’eau douce naturelle. Dubaï dispose à elle seule d’une capacité 1,26 milliards de litres d'eau par jour, rendue potable par d'immenses unités de dessalement par distillation, fonctionnant au pétrole et au gaz – comme bien des pays riches en ressources fossiles – qui continuent de ne pas se préoccuper du coût énergétique.

Pourtant, cette technologie n’est plus désormais utilisée que dans 16 % des 15 900 usines de désalinisation actuellement opérationnelles. En effet, cette industrie a connu une forte croissance depuis une vingtaine d’années grâce aux progrès technologiques liés à la mise en œuvre du procédé d’osmose inverse, moins énergivore. Le prix du dessalement de 1 litre d'eau de mer a ainsi été divisé par 3 entre 1990 et 2003, passant de 1,50$ à 0,50$. Paradoxalement, c’est donc en rendant le secteur plus attractif économiquement, que les problèmes se sont accrus.

En effet, ces procédés nécessitent le rejet dans la nature d’importants volumes de saumure – une eau très concentrée en sel – mais aussi chargés de diverses substances chimiques. A ce jour, ces rejets sont supérieurs de 50 % aux quantités globales d’eau dessalée, entraînant ainsi le déversement de 141,5 milliards de litres de saumure dans la mer.

Or les océans ne sont pas uniquement remplis d’eau. Ils recèlent d’autres ressources indispensables à la vie : les ressources halieutiques – ressources aquatiques vivantes – déjà mises à mal par la pêche industrielle, le réchauffement terrestre et l’acidification des océans due aux rejets excessifs de CO2.

Car en un siècle, c’est 90 % du nombre de poissons dans la faune océanique qui a déjà disparu. En 2010, plus de 75 % des écosystèmes marins étaient considérés comme épuisés. On estime actuellement la fin de la pêche industrielle à 2050 ; faute de poissons !

L’augmentation de la salinité des mers pourrait amplifier ce phénomène jusqu’à dépasser son seuil d’irréversibilité. Les politiques de désalinisation de l’eau de mer pourraient donc accélérer la disparition, à terme, de la quasi-totalité des écosystèmes aquatiques marins.

Comme pour l’eau douce, l’accès à l’eau salée et aux ressources qu’elle recèle, est très inégalement réparti à la surface du globe. En cherchant à compenser leur surconsommation d’eau potable, les pays les mieux dotés en termes d’accès à la mer, sont en passe de rendre la situation intenable pour tous.

Bruno Isselin

 

 

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